L' Illusion comique de Pierre Corneille :
Acte premier, scène
première
PRIDAMANT, DORANTE
DORANTE
Ce mage, qui d'un mot renverse la nature,
N'a choisi pour palais que cette grotte obscure.
La nuit qu'il entretient sur cet affreux séjour,
N'ouvrant son voile épais qu'aux rayons d'un faux jour,
De leur éclat douteux n'admet en ces lieux sombres
Que ce qu'en peut souffrir le commerce des ombres.
Le champ lexical de l'obscurité rend ici la nuit du mage toute puissante : la nuit, cet affreux séjour, le voile épais, un faux jour, éclat douteux, ces lieux sombres, le commerce des
ombres. C'est donc dans la grotte la plus obscure, la moins fréquentée par la lumière du jour, qui n'est ici qu'une tromperie, que peut s'accomplir l'oeuvre du mage, le travail du
tempestaire, qui d'un mot renverse la nature et veille "à l'entretien de la nuit" ainsi qu'au commerce des ombres.
N'avancez pas : son art au pied de ce rocher
A mis de quoi punir qui s'en ose approcher
Et cette large bouche est un mur invisible,
Où l'air en sa faveur devient inaccessible,
Et lui fait un rempart dont les funestes bords
Sur un peu de poussière étalent mille morts.
Les larges bouches sont des murs invisibles. Le mage empêche ainsi le profane de pénétrer sur son territoire, cette porte des mystères de la terre : il semble qu'une haleine empestée sorte de
cette bouche de pierre dans laquelle oeuvre le mage et empoisonne qui s'en ose
approcher.
Patrice Houzeau
Hondeghem, le 28 mai 2005