Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
7 septembre 2014 7 07 /09 /septembre /2014 10:56

DRAGONNER ZOU

1.
Le 7 septembre 2014, sur France Inter, entre minuit et une heure, Alain Maneval a passé dans son intégralité le génial "Histoire de Melody Nelson" de Gainsbourg (1971). Voilà une bonne manière de travailler à la pérennité d'une belle oeuvre.

2.
Entrer en concurrence avec les formes, se coltiner des colliers d'ombres, se grouiller l'esthète, se secouer le styliste.

3.
La projection en boucle de la fascination - illusion si, cinéma, apparitions stellaires, soleils dissipés.

4.
Pis i s'en va sans qu'personne s'en doute; c'est qu'il a le cerveau volant, dragon zou, qui fiche le camp aussi vite qu'il n'en revient pas d'être là.

5.
La fascination raye le disque, vous flanque la cervelle en boucle, vous séquence fermé, vous coince dans la maudite synchronie.

6.
Nous sommes tentés par la synchronie comme l'autre ailé par la lumière. Malédiction, car qui voudrait se retrouver coincé dans un tableau ? Qui voudrait étouffer dans une chanson ? Qui accepterait de hanter toujours un même lieu dans un même temps ? Qui supporterait d'être, toute son existence durant, enfermé dans sa fascination pour un visage ?

7.
J'ose à peine regarder son visage; je crains que cette rose blanche me tire la langue, éclate de rire, me lance ses épines dans les yeux.

8.
Elle avait un visage, cette maison où je rentrai, de longs cheveux d'escalier, des lèvres dans les murs, un nez dans la cheminée, le front livresque et des dents de cuisine; ses yeux brillaient dans tous les miroirs, sauf dans la chambre où ils flottaient, rêveurs.

9.
La nuit s'étire les jambes les bras les mains les yeux et divise les angles, et englobe les cercles, et masque les géométries.

10.
Nous sommes de manière à. De manière à la nuit. Nous sommes à la nuit horloge sans yeux.

11.
L'ombre le temps. Réel cavalcadant. Sous les paupières, des drames anciens avancent masqués, traversant des couloirs aux cris étouffés, aux ombres glauques qui se glissent sous les portes.

12.
L'écrire mal n'empêche pas de penser. Des fois, les phrases trop bien faites, c'est rien que beau masque derrière lequel moisit lentement quelque glauque tapis d'idées.

13.
"Ce passé ces têtes de morts"
(Apollinaire, "Le brasier")

"Ce passé ces têtes de morts", en concert, qui ricanent, pis qui claquent des dents, pis qui grincent des mâchoires, pis qui vous content.

14.
La distance relativise les cercueils. Il faut avoir le nez dessus pour cracher son dégoût, pour nauséer, pour se mettre en colère contre l'être, ce néant à la hache.

15.
Dès que l'on fouille, farfouille, trifouille comme si on allait en dénicher un, de trèfle à quatre feuilles, on sait déjà qu'il faudra en déterrer, des crânes vides, avant de le trouver, le trésor, et même que des fois, dans la fouille, on y laisse ses mains.

16.
Des fois qu'le réel serait une tension au d'sus du gouffre, une tension continue entre le laisser tomber et d'incessants efforts, à la Cioran, "pour ne pas éclater en morceaux".

17.
"Je ne suis pas né de la dernière tombe" qu'il répondit, le revenant.

18.
Dans la maison hantée y a du ouh ! ouh ! pis des cris, pis des chuchotis. On dit qu'c'est la jeune fille de la maison. La grand-mère en sait des choses. Bin oui, mais elle radote. Des yeux dans la nuit.

19.
Y a urgence le jour à faire le jour sur. Le cartel des ombres veille. Y a urgence le jour à endiguer la nuit et son collier de têtes mortes.

20.
"Imposer un autre paradigme". Impératif qui tombe de la bouche des philosophes comme si l'Histoire avait affaire avec la Vérité.

21.
L'Historien est celui qui pense pouvoir faire jaillir le vrai d'un puits de ténèbres.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 7 septembre 2014.

Partager cet article

Repost 0
Published by PATRICE HOUZEAU - dans BREFS fantaisies
commenter cet article

commentaires

Recherche