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14 septembre 2014 7 14 /09 /septembre /2014 07:38

LA OU TU ES EST TON SPHINX

1.
"brouille le pivotement des toits rongés"
(Rimbaud, "Nocturne vulgaire")

Le réel tourne sur lui-même suivant l'oeil brouillé par l'oeil rongé par l'oeil.

2.
"Toute lune est atroce et tout soleil amer"
(Rimbaud, "Le Bateau ivre")

Pleines d'atrocités, nos vieilles lunes, que la vérité n'en finit plus de vomir.

3.
La vérité ? - Elle est imbibée, intoxiquée par l'atroce poison de toutes nos lunes.

4.
Nous avons l'air d'improviser nos masques, et cependant, ils sont, à notre insu, décidés depuis si longtemps.

5.
Y a du cinoche, c'est du cinoche à fantoches, fantoches sanglants, à haches, "avec le goût du mauvais rêve" à Rimbaud.

6.
Ecrire, c'est s'adonner à l'incessante sécession des syllabes.

7.
Ecrire, susciter le "Cur secessisti"; n'y répondre que par des traits vifs, en pluies drues.

8.
Je suppose que, sans ironie ni fard, il en est à qui, tous les jours, la poésie sauve la peau.

9.
Un i pour le squelette et deux o pour les yeux : et voilà le bonhomme sur la page de cahier.

10.
Le passé est tout agité de soudains qui ne sont plus que des ombres.

11.
Les ombres, le passé est plein de leurs spasmes, de leurs "grandes mains lunaires", pour la reprendre, l'ombre, à Artaud, "l'ombre de cette grande main lunaire", qui, je suppose s'empare du paysage, fouille les poitrines, y trafique du cardiaque.

12.
Un tatouage, l'ombre, un tatouage dont la peau se détache pour courir d'autres chimères.

13.
Où tu es est ton ombre; où tu es sont tes chimères. Où tu es est ton sphinx.

14.
Sphinx, chimères, ombre répandent dans les syllabes leurs fantasmes d'humanité.

15.
Je sais qu'y en a, ils n'écrivent que dans l'ombre; ils visent à l'écriture fantômas, à l'écriture du comme si les ombres.

16.
Sont-ce là toutes mes têtes ? dit-elle en plusieurs langues.

17.
Dieu est un maître de la matière d'ombre; il en fait jaillir la lumière d'une manière étonnante.

18.
La nuit, à la fenêtre, je vois s'agiter l'encre des syllabes que les oiseaux laissent au vent.

19.
Je ne suis que ce que le réel fait de moi, un i pour le squelette, deux o pour les yeux, et quelques phrases pour agiter le fantoche.

20.
Quel est l'étrange en moi qui distille ces syllabes ? fit-il songeant à tous ces poisons qui courent dans les bêtes.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 14 septembre 2014
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