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25 janvier 2015 7 25 /01 /janvier /2015 15:10

MES YEUX MES YEUX CROYEZ-MOI

1.
« Quand, les deux yeux fermés, en un soir chaud d'automne »
(Baudelaire, « Parfum exotique »)

Quand je m'ennuie des fois je jette
Les je par mon âme numéro
Deux - qui n'existe pas plus que mon âme numéro un – Mes
Yeux, mes yeux, croyez-moi ! - car j'y crois, moi, en ces cercles
Fermés, ces masques cachés dans les masques, et qui s'expriment
En une langue que vous ne comprenez pas, et qui en
Un tour vous je passe dans le
Soir je ramasse mes je défenestrés au
Chaud que je les remets dans mon sac
D'automne où dans mon corps ils s'entrechoquent avec mes os.

2.
Quand je m'ennuie, des fois, je me jette par mon âme ; ça fait comme une pluie de confettis qui tombe dans la lenteur d'une rue où je suis parfois par hasard.

3.
Mes yeux, mes yeux, croyez-moi !
J'ai vu ce que le diable voit et qu'on appelle l'Homme.

4.
Mes yeux, mes yeux, croyez-moi !
Il y a des masques dans certains qui vous parlent
Il y a des masques d'où sortent des langues qui vous enroulent
Au-dedans d'elles et qui vous encerclent.

5.
Je passe dans le soir, entre les chiens et les étoiles.

6.
« O Lune de ma vie ! Emmitoufle-toi d'ombre »
(Baudelaire, « Le possédé »)

7.
O j'aime bien faire des O dans ma caboche la
Lune ne joue pas de guitare j'aimerais bien des fois que
De la pâle sans mains tombât quelque balade
Ma vie qu'est-ce que j'en fais et la
Vie des autres qu'est-ce que j'en fais ?
Emmitoufle-toi, l'hiver traîne à ta porte
Toi, tu regardes par la fenêtre et tu te rêves
D'ombre et de miracle et puis tu te désaccordes.

8.
O j'aime bien faire des O dans ma caboche ; c'est le bonhomme qui me rit dedans - il fume un peu trop.

9.
La lune ne joue pas de guitare. Quel air, quel blues jouerait-elle s'il lui venait un saxophone, une contrebasse, une voix ? La lune jouerait-elle L'« Eclipse » à Charles Mingus ?

10.
J'aimerais bien des fois que la pâle sans mains chante un vieil air de jadis ; mais il n'y a aucune chanson ni orgue de barbarie sur la lune.

11.
Question essentielle : Ma vie qu'est-ce que j'en fais et la vie des autres qu'est-ce que j'en fais ?

12.
Des fois, je regarde par la fenêtre et je me rêve ; je me vois plus roi que gueux ; je me vois plus jeune que vieux ; et puis il pleut et mon linge est mouillé.

13.
Des fois il y a comme si le jour des fous tombait sans cesse dans ma tête.

14.
J'entends à la radio les lamentables affaires du monde ; et dire qu'il faut bien vivre avec tous ces salauds.

15.
Des fois, on croit qu'ça va être les doigts dans l'nez, et puis c'est dans l'os qu'on l'a – profond.

16.
« Dors en paix, dors en paix, étrange créature,
Dans ton tombeau mystérieux »
(Baudelaire, « Une martyre »)

Un « tombeau mystérieux » où repose une « étrange créature » : vampirique n'est-il pas ? Me fait penser à la nouvelle « Le gardien du cimetière » de Jean Ray.

17.
Dors ; l'éclair au loin poursuit sa route.
En chemin elle en frappera bien d'autres ; la
Paix ! Qu'on me fiche la paix !
Dors ; la foudre ne t'attend pas.
En chemin elle en séduira bien d'autres ; la
Paix, vous autres ! Fichez-moi la paix !
Etrange, je fais un songe étrange,
Créature de mes rêves, étrange créature,
Dans tes yeux, je vois se tordre flammes et écailles ; mais
Ton corps, buveuse de lune, n'est pas ce
Tombeau mangeur de sables et d'égarés, ce
Mystérieux tombeau où le sphinx aiguise ses phrases.

Post-scriptum : Ce truc traduit en anglais, en y flanquant des rimes et une musique à la Iron Maiden, je suis sûr qu'on pourrait en faire un morceau tout à fait épatant dans le genre bizarre sonore. Ah oui, je sais on n'a qu'à faire comme ça :

MES YEUX MES YEUX CROYEZ-MOI (Chanson terrible)

Intro d'abord assez lente, avec du mouton et du badagong dedans, et puis affirmation du rythme sur le mot « Dors » :

Dors ; l'éclair poursuit sa route.
En chemin elle en frappera bien d'autres ; la
Paix ! Qu'on me fiche la paix !
Dors ; la foudre ne t'attend pas.
En chemin elle en séduira bien d'autres ; la
Paix, vous autres ! Fichez-moi la paix !

Un pont façon vieil orgue du pont aux pendus, puis sur le texte accélération rythmique et riffs secs comme coups de hache :

Mes yeux, mes yeux, croyez-moi !
J'ai vu ce que le diable voit et qu'on appelle l'Homme.
Mes yeux, mes yeux, croyez-moi !
Il y a des masques dans certains qui vous parlent
Il y a des masques d'où sortent des langues qui vous enroulent
Au-dedans d'elles et qui vous encerclent.

Retour à la relative lenteur de l'intro, avec du chameau et du rabadagong dedans, puis sur le texte passage plus ou moins « planant » (sans synthés, mais soutenu par les phrases d'une guitare claire et aérienne comme une embellie entre deux pluies d'frites)

Etrange, je fais un songe étrange,
Créature de mes rêves, étrange créature,
Dans tes yeux, je vois se tordre flammes et écailles ; mais
Ton corps, buveuse de lune, n'est pas ce
Tombeau mangeur de sables et d'égarés, ce
Mystérieux tombeau où le sphinx aiguise ses phrases.

Retour à l'accélération rythmique et au bûcheronnage hardant :

Mes yeux, mes yeux, croyez-moi !
J'ai vu ce que le diable voit et qu'on appelle l'Homme.
Mes yeux, mes yeux, croyez-moi !
Il y a des masques dans certains qui vous parlent
Il y a des masques d'où sortent des langues qui vous enroulent
Au-dedans d'elles et qui vous encerclent.

Badaboum final et émoi des jeunes filles.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 25 janvier 2015.

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Published by PATRICE HOUZEAU - dans CONTREVERS
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