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8 mars 2015 7 08 /03 /mars /2015 04:05

LE REEL SURTOUT LA NUIT

1.
Je me souviens d'avoir entendu Borges comparer sa découverte de la langue anglaise à une initiation amoureuse.

2.
« While we stood here securing your repose »
(Shakespeare, « La Tempête », II,1 [Sebastian])

Le réel, surtout la nuit, est plein de dormants aux côtés desquels il nous arrive de veiller.

3.
« I shall laugh myself to death at this puppy-headed monster. »
(Shakespeare, « La Tempête »,II,2 [Trinculo])

Le réel n'oublie jamais que nous pouvons mourir de rire ; il patiente.

4.
Shakespeare et ses monstres. La tragédie, une dissection de la monstruosité ; la comédie, une caricature, collection de masques de carnaval.

5.
« To run upon the sharp wind of the North »
(Shakespeare, « La Tempête », I,2 [Prospero])

Les vers font des miracles. Ce sont des charmes ; ils vous flanquent la caboche de silhouettes chevauchant le vent du Nord.

6.
« This will shake your shaking »
(Shakespeare, « La Tempête », II,2 [Stephano])

On combat la parole par la parole, le symbole par le symbole, le feu par le contre-feu, et la bêtise toute droite par le tremblement.

7.
J'aime bien le groupe Gentle Giant. Ecoutez donc « Isn't it quiet and cold ? » : guitare sèche, pizzicati, notes du bois dont on fait féerie.

8.
« What cares these roarers for the name of king ? »
(Shakespeare, « La Tempête », I,1 [Boatswain])

A la scène 1 de l'acte I de « La Tempête », de Shakespeare, le Maître d'équipage rappelle que la « nature naturante » se fiche bien du nom du roi. Dans la belle traduction d'Yves Bonnefoy, cela donne :
« Ces grandes gueules des vagues, ce n'est pas le nom du roi qui les fera taire. »
Quant à moi, poutre en anglais que je suis, le mot « roarers » m'évoque les rugissements, la plaine liquide pleine de lions, gueules ouvertes et crinières d'écume.

9.
« If but one of his pockets could speak, would it no say he lies ? »
(Shakespeare, « La Tempête », II,1 [Antonio])

C'est dans les logiques parallèles à la Lewis Carroll que l'on trouve des poches qui parlent, et dans le génie de la langue aussi.

10.
« The white cold virgin snow upon my heart »
(Shakespeare, « La Tempête », IV,1 [Ferdinand])

11.
« The white cold virgin snow upon my heart
Abates the ardour of my liver. »
(Shakespeare, « La Tempête », IV,1 [Ferdinand])

Belle image que celle de cette « virginité » comme une neige qui « emplit » et « modère » (cf la traduction d'Yves Bonnefoy).
Quant à la forme « abates », elle rappelle le français « abat » (cf « être abattu par une mauvaise nouvelle ») et « rabat » (cf « rabattre son caquet à quelqu'un »).

12.
« for the liquor is not earthly. »
(Shakespeare, « La Tempête », II,2 [Caliban])

Le réel shakespearien rappelle que la féerie est une nécessité de l'esprit : seule une liqueur qui n'est pas de ce monde peut garantir la loyauté de Caliban.

13.
« They vanish'd strangely. »
(Shakespeare, « La Tempête », III,3 [Francisco])

C'est le propre des vivants de finir par s'évanouir définitivement, nous laissant avec l'être étrange de leur disparaître.

14.
Shakespeare, « La Tempête », I,2 : Prospero remercie Miranda. Elle l'a aidé à le sauver de la mer et de la « rotten carcass of a butt » (« une coque pourrie » traduit Yves Bonnefoy). Miranda salvatrice.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 8 mars 2015.

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