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22 mars 2015 7 22 /03 /mars /2015 21:46

MYSTERE A CHAQUE PAS
En lisant « Malpertuis » de Jean Ray, édition de poche J'ai Lu n°1677.

1.
Les sons qui traversent les pages : p.65, des pas qui s'éteignent.
Les images découpées qui hantent les pages : p.64, « les bras nus de ma sœur, levés en un geste final de noyée. »

2.
Réécouté ce matin « Riders On The Storm », des Doors, fluidité de l'énigme, prémonition des orages, l'une des plus belles et l'une des plus étranges chansons que je connaisse.

3.
Discrétion humoristique du narrateur qui, à la fin du chapitre « Le Cantique des Cantiques », préfère ne parler à personne de la minuscule « main tranchée » et de la « tête clouée » qui chante.

4.
Allez un petit contrevers…

« Elle secoua sa splendide tête sombre. »
(Jean Ray, « Malpertuis », p.93)

Elle secoua la nuit il en tomba des têtes tranchées
Secoua le jour il en tomba des couteaux ensanglantés
Sa splendide elle secoua sa
Splendide chevelure en S et rousse et noire sa
Tête de poupée blonde sa tête
Sombre elle secoua il en tomba des serpents et des flammes.

5.
Détachées de leur contexte, bien des phrases sonnent comme des énigmes, des miniatures de mystères :

« J'erre dans la maison vide où quelques lampes brûlent déjà. »
(Jean Ray, « Malpertuis », p.71)

6.
« Elle secoua sa splendide tête sombre »
(Jean Ray, « Malpertuis », p.93)

Elle secoua le soleil il en tomba des épiques
Secoua la lune il en tomba de la brume
Sa tête elle secoua une
Splendide journée de juin brûla sa
Tête chanta et
Sombre était sa voix.

7.
A la manière des objets dans la loge de concierge, telle qu'à la page 71 elle est observée par le narrateur, j'aimerais que mes brefs allongeassent les moindres détails « d'ombres grotesques ».

8.
« Elle secoua sa splendide tête sombre »
(Jean Ray, « Malpertuis », p.93)

Elle secoua sa
Secoua sa
Sa splendide tête hérissée de corbeaux
Splendide comme une neige couvant un feu une
Tête où palpite un masque antique et la
Sombre clarté qui bruisse dans les feuillages.

9.
p.115. Evocation du « nord près de la mer », d'une « maison perdue sur la dune », de l'utilité du phare : le contraire de Malpertuis, demeure du labyrinthe de la ville et des créatures issues des contes et des forêts.

10.
« Si j'étais invariable, je serais éternelle,
Comme le mot toujours et comme la ritournelle. »
(Elise Antoine)

11.
« Pourtant elle restera mystère à chaque pas »
(Jean Ray, « Malpertuis », p.42)

On arpente donc le mystère ; on en parcourt la trompeuse géométrie ; on en visite l'architecture truquée.

12.
Postulat : Une œuvre réellement littéraire est un corpus d'exemples grammaticaux et sémantiques d'une langue unique.

13.
A posteriori, les détails et les événements d'une vie semblent composer une sorte de roman bizarre auquel on ne donne foi que parce que notre manie explicative a l'air de lui donner une cohérence.

14.
« le ciel a frémi de crainte et l'enfer s'est soumis en gémissant.»
(Jean Ray, « Malpertuis », p.109)

Le berger et son chien effrayés des « formules formidables ».

15.
« j'assistai à la lente mort des lampes »
(Jean Ray, « Malpertuis », p.130)

La langue de Jean Ray, une héritière du symbolisme.

16.
p.99. Un « pourtant j'aurais juré ». C'est qu'ça échappe au « j'aurais juré », ça déjure, ça déjoue, ça s'délure et ça vous roule dans le Ding ! et « l'épais pudding aux raisins ».

17.
Un amour défunt est une magie morte.

18.
Pourquoi voulez-vous que nous soyons humbles ? Nous sommes humains, nous avons tué Dieu.

19.
Jadis Dieu ; à présent, le hasard ; demain, la nécessité.

20.
Nous avons cru tuer Dieu, et voilà qu'il s'est multiplié.

21.
Il ne voulait pas mourir.
Il est mort quand même.
On ne fait pas toujours ce que l'on veut.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 22 mars 2015.

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Published by PATRICE HOUZEAU - dans DEMEURES DE JEAN RAY
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