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10 mars 2015 2 10 /03 /mars /2015 00:19

Ô BONHEUR Ô RAISON

1.
« Enfin, ô bonheur, ô raison, j'écartai du ciel d'azur, qui est du noir, et je vécus étincelle d'or de la lumière nature. »
(Rimbaud, « Une saison en enfer »)

2.
L'enfin marque un achèvement ; une séquence se clôt ; peut-on dire qu'aux séquences rythmiques se superposent des séquences narratives ?

3.
« ô bonheur, ô raison » : le narrateur rimbaldien a-t-il recouvré la raison et manifeste-t-il ainsi sa joie exclamative ?

4.
« ô bonheur, ô raison » : une profession de foi peut-être ? Le bonheur serait-il dans la raison ?

5.
Le narrateur rimbaldien emploie le passé simple pour dire qu'il écarta « du ciel d'azur », comme s'il écartait une quantité.

6.
Cette quantité de « ciel d'azur » qu'il écarta, il en dit que c'est « du noir ». Rimbaud visionnaire ? Rimbaud pressentirait-il la matière noire qui partout travaille à l'infini ?

7.
Ce « ciel d'azur qui est du noir », on n'en peut rien voir alors ; il n'y a rien à y voir ; l'azur est vide.

8.
« Les Aubes sont navrantes » disait-il déjà dans « Le bateau ivre ». Alors il avait « trop pleuré » ; maintenant, il écarte l'azur, ce bête importun.

9.
Par ces « Aubes navrantes » et cet « azur noir », le narrateur évoque-t-il la désillusion ? C'est vrai qu'il a dû rêver, le désargenté.

10.
Le narrateur rimbaldien dit qu'il vécut « étincelle d'or ». Le fait d'être plongé dans la rédaction de son « Une saison en enfer » favorise-t-il ici l'emploi du passé simple ?

11.
Il écrit « je vécus étincelle d'or » et non « en étincelle d'or ». Ce n'est pas un simple changement, mais une métamorphose, une autre vie.

12.
Donc, il fut « étincelle d'or » avec pour origine la « lumière nature » ; non pas « lumière » de la « nature », mais une lumière qui ne serait pas artificielle, ni même une lumière attendue, la tartine jaune qui inonde les chambres et les champs, mais une foule d'étincelles d'or, feu primitif, feu originel, feu cosmique.

13.
« De joie, je prenais une expression bouffonne et égarée au possible ».
(Rimbaud, « Une saison en enfer »)

14.
D'où vient cette « joie », ce « de joie » euphorique ? D'une épiphanie peut-être. Il ne ressemble pas du tout à un saint alors, mais à un idiot à l'allure « bouffonne et égarée ».

15.
Cette « expression bouffonne et égarée » est l'antithèse des figures des saints en extase que l'on voit sur les images pieuses. Ne fait-elle pas penser à ces statuettes d'idoles grotesques des paganismes ?

16.
Qui peut entendre par antéchrist non la période d'avant le retour du messie, mais la période d'avant sa naissance ? - Un pessimiste.

17.
La joie inspire le transfiguré. Voilà l'étincelle qui met masque de bouffon, de clown perdu. C'est qu'il décide d'en prendre l'expression.

18.
Prendre l'expression, c'est ce que fait le poète ; et s'il a du talent, il peut la sacraliser autant qu'il peut la bouffonner.

19.
Cette minuscule parcelle d'un Génie ignoré, voilà qu'elle prend l'expression, qu'elle fait tout son « possible » pour bouffonner, et s'égarer.

20.
Est-ce ainsi, en prenant des expressions bouffonnes et égarées, que l'on célèbre la raison ? Oui, si l'on est lanceur de paradoxes.

21.
La raison serait-elle la démonstration subtile des paradoxes qui nouent le réel ?

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 9 mars 2015.

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Published by PATRICE HOUZEAU - dans FASCINATIONS RIMBALDIENNES
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