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20 mars 2015 5 20 /03 /mars /2015 16:44

« PIERRE DANS LES PIERRES »
En lisant "Malpertuis", de Jean Ray, édition de poche J'ai Lu n°1677.

1.
Les langues porteraient-elles les dieux qui agitent les humains ?

2.
Les racines de Malpertuis : une « étendue inhabituelle de souterrains, aujourd'hui inexplorables »
(p.44). Ainsi, l'origine de la demeure est-elle enfouie dans la nuit trouée des sols.

3.
Le passé, cette toile noire pleine de trous par lesquels on croit voir passer des êtres et leurs yeux.

4.
Et
il se dit que, quelque jour, il vomira un sang aussi noir que le café qu'il boit, que la nuit qu'il passe, ou alors une lune noire.

5.
Des fois on se dit que c'est comme si toute chose était porteuse de mort.

6.
p.77. Le narrateur répète qu'il attend. Il répète sa patience ; il « formule sa certitude » :
« - J'attends… j'attends... » dit-il.
Cette formulation
à haute voix a l'effet d'un charme : p. 78, « Alice Cormélon était venue… Je savais à présent que c'était elle que j'attendais, que ce ne pouvait êtrequ'elle... »

7.
Ne sait-on jamais qu'à présent ? Avoir su est une faille.

8.
p.140. « - Viens à moi… Viens à moi… C'est ainsi que leur cloche parle ».
Les choses nous appellent-elles ? Nous rappellent-elles ? Nous invoquent-elles comme nous invoquons les esprits et évoquons les disparus ?

9.
Malpertuis s'ouvre sur le vol d'un manuscrit ; c'est ce forfait qui va permettre de libérer les « charmes noirs » et leurs dieux.

10.
p.111. « le sourire amical des livres ». Que les livres puissent sourire n'est pas douteux ; leur ironie n'est-elle
pas palpable ?

11.
p.110. « Le soir de l'Epiphanie, noir et déchiré de vent et d'averses », se sanctifie au loin de quelques chansons d'enfants. »

12.
Epiphanie au coeur de Malpertuis ; Epiphanie noire ; Epiphanie au-delà du bien et du mal ; Epiphanie de
s dieux capturés, « enfermés dans de grotesques dépouilles » (p.164); Epiphanie des dieux tombés dans la langue.

13.
p.164. Les hôtes de Malpertuis sont-ils atteints d'un trouble de dédoublement de la personnalité, marqué par « d'imprévisibles alternances de déité et d'humanité ».

14.
Sous ses paupières, il s'est vu : tête grise, à la limite entre le triste et le sinistre.

15.
Malpertuis est un roman où il arrive que les portes retombent « avec un bruit définitif de tonnerre. » Les sons font sens.

16.
Le définitif, ce qui clôt une définition,
laquelle, jusqu'au dernier moment, reste ouverte.

17.
Et puis, à la fin, ce qui fut de nous se résume à ceci : lettre morte et porte close,
cependant que si « l'oncle est mort », ce sont de ses dernières volontés que découle la narration.

18.
p.46. « … car on ne sait jamais quelles sont les entités aux écoutes de nos mots et de nos pensées. » [l'abbé Doucedame]

car on ne sait jamais qui exactement est dans notre caboche à l'écoute de nos mots et de nos pensées.

19.
p.34. « - Ainsi je l'ai voulu !
dit l'oncle Cassave d'une voix forte.
- Ainsi il en sera ! répondit gravement le sombre Eisengott. »

Muss es sein ? Es muss sein !
Dit la voix du dieu en l'humain.

20.
p.35. Les derniers paroles de l'oncle Cassave, et
au cœur de pierre de rester dans les pierres. Ce qui, entre nous, est une dernière injure faite au divin.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 20 mars 2015.

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Published by PATRICE HOUZEAU - dans DEMEURES DE JEAN RAY
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