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25 mars 2015 3 25 /03 /mars /2015 14:00

TELLES QU'ELLES NE SONT PAS
En lisant « Malpertuis » de Jean Ray, édition de poche J'ai Lu n°1677.

1.
La lutte que les humains livrent contre les dieux passe par le blasphème, lequel est ignoré de l'Unique et simple amusement pour les autres.

2.
J'imagine assez les dieux de l'Olympe se riant de nos blasphèmes comme nous rions des blagues de carambar.

3.
N'avez-vous pas compris que les dieux se nourrissent de nos blasphèmes ?

4.
Je ne me moque pas de Dieu ; même s'il n'existe pas, je crains sa toute puissance.

5.
La « Capture des dieux » ne peut se faire sans dérision. Dans « Malpertuis », Prométhée devient « marchand de couleurs et d'huiles lampantes ».

6.
En vingt-quatre heures, tant de bouches, tant de langues, tant de phrases, de romans inachevés, de sentences et de sorts.

7.
La raison court les rues ; la folie aussi. Toutes deux ne cessent jamais de négocier le prix de chaque passant.

8.
« un certain « pli dans l'espace » pour expliquer la juxtaposition de deux mondes d'essence différente dont Malpertuis serait un abominable lieu de contact. »
(Jean Ray, « Malpertuis », p.67)

9.
Juxtaposition. Hypothèse des mondes qui se juxtaposent, et de leurs points de contact. L'infini, une somme infinie d'infinis, lesquels multiplieraient leurs coïncidences.

10.
"Malpertuis" est aussi un roman de la descendance. Ainsi, page 110, le narrateur « croit que l'intercession de Doucedame-le-Jeune aura pu atténuer quelque peu les horreurs de la géhenne à la créature qui fut de son sang. »

11.
« We don't see things as they are, we see things as we are. »
(trouvé sur la Toile, attribué à Anaĩs Nin aussi bien qu'au Talmud)

12.
Si « nous ne voyons pas les choses telles qu'elles sont, mais telles que nous sommes », se pourrait-il qu'il en soit de même pour les dieux ?

13.
Et si l'invention des dieux permettait tous les possibles du voir ?

14.
L'infini serait-il un crédit illimité ouvert à tous les dieux ?

15.
Je ne vois point, en ce qui est de l'humain, quelle est la différence d'être « à tous les vents » et d'être « à tous les dieux ».

16.
Notre réelle administration, c'est la mort ; notre juste comptabilité, c'est la mort.

17.
« Vive la mort » est un slogan abominable ; mais « vive la vie » peut être si souvent obscène.

18.
Je n'associe pas toujours le diable à la chaleur ; je l'associe plus fréquemment à l'inhumanité radicale du froid, dont le présent me semble si souvent contaminé.

19.
Il est un froid que l'on entend dans certaines voix, des voix de terre, des voix pleines de passé et de choses mortes.

20.
«- La déesse pleure… on a volé la lumière à ses yeux et à son cœur ! »
(Jean Ray, « Malpertuis », p.80 [une voix])

Les dieux pleurent autant des larmes des hommes que de leurs rires.

21.
Entendu Michel Onfray sur France Inter justifier ainsi son abstentionnisme électoral : « Il faut choisir entre la peste et le choléra, et moi je n'ai pas envie d'être malade. »

Je suis d'accord.

22.
18/03/2015. Le feuilleton de France Culture consacré à JIm Morrison : « La beat generation est une bande d'enfants sur le bord de la route et qui parle de l'Apocalypse. »

23.
Malpertuis contracte l'apocalypse dans le secret de sa demeure – la demeure : un des deux noms de l'être, l'autre étant « ailleurs ».

24.
N'est-on jamais que manifestement, y compris à soi-même ?

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 25 mars 2015.

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Published by PATRICE HOUZEAU - dans DEMEURES DE JEAN RAY
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