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14 juin 2015 7 14 /06 /juin /2015 17:03

MAIS L'UN EST INVISIBLE ET L'AUTRE AVEUGLE

1.

Je regarde le ciel il est tout blanc comme s'il allait vomir de la craie.

2.

Ciel blanc. Chargement de coton. Il passe si lentement qu'on pourrait y tailler des chemises.

3.

Je contemple le bal masqué des grenouilles, qui disent quoique, en fumant la pipe sous leur chapeau de feuilles.

4.

Avez-vous remarqué comme elles disent quoique, les grenouilles ? aussi les crapauds. On dirait qu'ils nous discutent.

5.

Et moi aussi je dis quoique, et je fume ma pipe quoique je ne porte pas de chapeau de feuilles, mais un chapeau tout court qui flotte au-dessus de mon cou ; ma mère me l'avait bien dit que je n'avais pas de tête.

6.

Et l'Indien, n'avait-il rien d'autre à faire que de courir dans la grande nuit des ailleurs comme s'il s'était échappé d'une nouvelle de Borges ?

7.

D'ailleurs je me demande où elle est sa sœur Hein où donc qu'elle est sa sœur pendant que lui il n'a que le temps de fuir ? A mon avis, il l'a laissée dans une autre page, sa sœur ; dans une autre nouvelle peut-être, et peut-être même dans un recueil d'un autre auteur. Seul Dieu et le Directeur de la Bibliothèque savent peut-être dans quelle fable elle se trouve. Mais l'un est invisible et l'autre aveugle, comme Homère, dont on ne sait même pas s'il a jamais existé.

8.

Des fois quand il est seul il pousse un cri

Des fois c'est comme s'il appelait un esprit

Aussi informe que le chapeau de son oncle Henry

Qu'en fait son oncle il s'appelle Arthur

Et même qu'il ne porte pas de chapeau

Mais une casquette à carreaux.

9.

Zut contemple la longue suite des cavaliers dans les nuages, qui se dirigent en masse vers le grand tournoi des lointaines tempêtes.

10.

Faces de saints ou gueules d'orage, tous caravanent doucement vers leur destin aussi circulaire que le retour du malheur.

11.

L'un pour l'autre des étrangers… Et ta sœur ?

12.

Ces étrangers qui traversent la France parce que l'on a vendu des armes à leurs dirigeants et que leurs pays sont devenus invivables.

13.

La politique et la religion, deux passe-temps d'assassin.

14.

J'ai beau me dire que la carcasse, c'est que du fatal fait pour que ça cesse, n'empêche que les humains sont vraiment cons.

15.

« Devenez ambitieux, terrorisez-vous, infantilisez-vous. Bref restez moderne. »

(André Glucksmann, « Les Maîtres penseurs »)

16.

« Si fai li tigre au mirouer quant pris

Sont si faon, et cuide proprement

En li mirant trouver cels qu'ele a quis ;

Endementiers s'en fuit cils qui les prent. »

(Adam de la Halle, « Grands chants »)

 

« Ainsi fait la tigresse quand on lui a pris

ses faons : se voir au miroir qu'on lui tend

lui donne l'illusion qu'elle tient là son ennemi ;

pendant ce temps, s'enfuit l'auteur du rapt. »

(Traduction : François Suard)

17.

« Crains dans le mur aveugle un regard qui t'épie »

(Nerval, « Vers dorés »)

Ils nous épient, sais-tu, là, derrière cette page où nous agitons nos syllabes.

18.

Celle qui prit un coup de fusil en pleine tête alors qu'elle se rendait à un mariage, n'a sans doute pas eu le temps de se dire que les humains sont d'une insondable connerie.

19.

Alors Zut prit le large qu'elle n'était pas bien sûre de rendre même si on le lui demandait poliment.

Patrice Houzeau

Hondeghem, le 14 juin 2015

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