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3 août 2015 1 03 /08 /août /2015 23:27

BLUES DU SOLEIL ETOUFFANT ET AUTRES ECLATS

1.
« Du ciel durci d'aujourd'hui :
comme d'une assiette côté face

Et blanche à barrer l'espace
tombent mes os recuits. »
(Cédric Demangeot, « D'un puits »)

Oh j'me suis levé ce matin
Et c'était comme si le soleil m'étouffait
Oh j'me suis levé ce matin
Et c'était comme si le soleil m'étouffait
Et qu'le Diable avait pris sa peau

Alors j'ai sorti ma tête d'hier soir
Et c'était comme si j'étais le levain
Alors j'ai sorti ma tête d'hier soir
Et c'était comme si j'étais le levain
Pis qu'j'allais enfler et crever ce matin

J'ai regardé le ciel il était si dur
Avec un regard si aveuglant
J'ai regardé le ciel il était si dur
Avec un regard si aveuglant
Que j'ai baissé la tête en crachant

Plutôt que d'me saouler au scotch
J'f'rais mieux d'boire cette eau
Plutôt que d'me saouler au scotch
J'f'rais mieux d'boire cette eau
Que le Seigneur a faite si fraîche

J'f'rais mieux d'boire cette eau
Si je n'veux pas être plus qu'mes os
J'f'rais mieux d'boire cette eau
Si je n'veux pas être plus qu'mes os
Et que le Diable m'emporte la peau.

2.
« Mais il lui semblait entendre et voir quelqu'un dont la présence se révélait par le passage d'une ombre devant ses paupières baissées. »
(Maurice Leblanc, « Le Triangle d'or », Le livre de poche policier n°2391, p.224)

3.
Entendre et voir : quelqu'un on croit, quelque chose au moins, évidence de la présence, ombres passantes, paupières baissées.  

4.
Lune : vieille jeune, marraine la lune, se fiche de nous comme de notre première chemise, rassure ? Bof... cosmos et champ d'cailloux.

5.
Lointains y a là-dedans pleins de gens
La foule aux noms innombrables la
Fille des métropoles modernes la famille
Qui disparaît dans un souffle l'homme qui
Rentre sa journée faite
Chez tout un tas de choses et
Elle aussi la grande autre qui attend partout.

6.
Clown, faut-il qu'il se pende ? Vieille tragédie des feuilletons, victime de quelle bigarrée tristesse, laquelle a des fonds partout.

7.
Des fois qu'on est qu'le bouffon d'soi-même et qu'on reste chez son maître, langue d'être à la cervelle en forme de chien.

8.
Doutant de tout, nous n'abandonnons pas facilement ni les automatismes, ni les schémas, que nous suivons en aveugles éclairés.

9.
Nous avons élevé le doute au rang de dieu et nous vivons dans la parole de ce dieu critique comme si elle était parole d'évangile.

10.
La langue ment comme nous respirons.

11.
Qu'on se sent au bord du phénoménal, qu'on se saisit pas soi-même tout entier, comme si on venait d'entrer dans l'étrangeté d'un paradoxe.

12.
S'ils sont sans emploi, on les traite d'assistés. S'ils travaillent, on les accuse de piquer nos boulots.

13.
Parfois passe un paradoxe. Gueule ouverte, il se rue, nous attrape et fiche son camp en remuant la queue.

14.
Pas rêvé. J'me dis ça comme si un autre zigue s'était glissé dans ma voix et m'prenait la parole pour m'balancer des pourtants.

15.
Je ne comprends pas bien, des fois ma pensée reste nouée ; je bloque sur deux mots ; puis, soudain, elle se délie, serpente, et file, et se dresse.

16.
Les temps, intersections et diagonales, nous traversent et nous croisent, comme si nous étions ces transparents au milieu de la rue.

17.
Perdant, de l'on ne sait quoi qu'on croise, on croit se faire une raison, un bâton de boiterie, un ça fera l'affaire, un resté digne ou un tant pis.

18.
« J'ai faim ! » hurla le monde, et c'est alors qu'il commencèrent à manger leurs dieux.

19.
Némésis, on ne voit pas toujours son regard et elle reste anonyme dans la foule du marché, plissant parfois les yeux sous le soleil.

20.
Némésis est pleine de peuple et ne souvient pas du nom de son roi.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 3 août 2015

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