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25 août 2015 2 25 /08 /août /2015 17:56

DIEU NE CONNAÎT PAS SON SEMBLABLE

 

1.

« Trois mille six cent fois par heure, la Seconde

Chuchote : Souviens-toi ! - Rapide, avec sa voix

D'insecte, Maintenant dit : Je suis Autrefois,

Et j'ai pompé ta vie avec ma trompe immonde ! »

(Baudelaire, « L'Horloge »)

 

2.

Y a pas, faut écrire en aiguisant ses couteaux dans l'autrefois et ça pendant qu'les artilleurs de maintenant ont la tête ailleurs.

 

3.

« Je dis : Que cherchent-ils au Ciel, tous ces aveugles ? »

(Baudelaire, « Les aveugles »)

 

Peut-être qu'il va finir par leur neiger des yeux, peut-être… et comme ça, au moins, ils verront la tempête qui va les emporter.

 

4.

« Et son bras et sa jambe, et sa cuisse et ses reins »

(Baudelaire, « Les bijoux »)

 

En v'là d'la boucherie fine, d'l'alexandrin découpé ternaire, du monosyllabe de choix.

 

5.

Zut en matière de poésie, elle n'aime que la boucherie fine, le filet vif, le consistant à os, pas végétarienne, pas fleur bleue, la Zut, féroce.

 

6.

« L'arbre qui pense

les pieds dans sa grille

à quoi pense-t-il

oh ça oh mais ça oh mais ça à quoi pense-t-il »

(Raymond Queneau, « L'arbre qui pense »)

 

Au chien qui va venir, répondit Zut avec l'à-propos et l’œil brillant qui la caractérisent.

Du reste, devinez à quelle bestiole est consacrée la deuxième strophe de ce poème de Queneau, hein, devinez ?

 

7.

« Un vieux sphinx ignoré du monde insoucieux »

(Baudelaire, « Spleen »)

 

Ah ça quand vous avez pris votre retraite et que vous n'pouvez plus dévorer personne, on s'en fiche bien d'vos énigmes, allez…

 

8.

Zut, elle a pas le temps d'interroger son âme, saute de bref en bref, piaf de branche en court les phrases ; elle décrit pas, elle fonce, ma fiction.

 

9.

« Bien des nuits, à minuit juste, pendant que le monde entier dormait, il avait jailli de mon propre sein, creusant avec son terrible écho les terreurs qui me travaillaient. »

(Edgar Poe traduit par Baudelaire, « Le cœur révélateur »)

 

10.

Scherzo, avec les échos de son rire, il creuse, il creuse, il creuse des galeries sous le palais, comme s'il voulait que peu à peu s'enfonce.

 

11.

Miss Foudre, elle jette des sorts, à nous revenir, nous mijoter aux petits spectres, à petit feu d'ombres, frite galette pour la dent du fantôme.

 

12.

Zazie ou comment parler comme une insolente quand on est un grognon mâle.

 

13.

« Il lui semblait qu'une petite bête avide et apeurée, tapie en elle, l'observait sournoisement. »

(Nathalie Sarraute, « Portrait d'un inconnu »)

 

14.

Scherzo considérait aisément que chaque humain abritait en lui quelque avide bête, plus ou moins rusée, et tout de même assez dangereuse.

 

15.

J'aime bien la rentrée littéraire : tant de livres que je ne lirai pas ; tant d'avis que je ne suivrai pas ; mais ça anime, ça rassure même.

 

16.

Sur la toile, je ne dialogue pas souvent avec mes lecteurs, des fois que derrière tel ou tel ordinateur, y aurait des griffes, des cornes, des écailles, des yeux rouges, un groumpf continu et ténèbreux.

 

17.

Le réel est une fiction ; le vrai y a besoin du mensonge pour continuer à nous raconter son histoire.

 

18.

Zut a un bon coup de fourchette, voyez comme elle dissout les viandes ! Vous connaissez sa collection d'yeux crevés ?

 

19.

« Je ne connais pas mon semblable »

(Tristan Corbière, « Paria »)

 

Dieu non plus ne connaît pas son semblable.

 

20.

« Je ne connais pas mon semblable ;

Moi, je suis ce que je me fais. »

(Tristan Corbière, « Paria »)

 

Le pronom sujet s'attribue ici bien du malheur. Il n'agit pas sur le monde ; il n'est pas dans le faire, mais dans la soumission à lui-même.

 

21.

« et ça prend de la vitesse, et elle ne l'aura jamais sa rose »

(Patrick Cauvin, « E=mc2 mon amour »)

 

Tout est dans le « ça », le monde qui court le réel qui file le temps qui nous paume de plus en plus loin dans le futur.

 

 

Patrice Houzeau

Hondeghem, le 26 août 2015.

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commentaires

GILBERTILO 29/08/2015 10:59

Enfin un blog ou l'on ne se fait pas chier .

PATRICE HOUZEAU 29/08/2015 13:47

MERCI BEAUCOUP !

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