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20 octobre 2015 2 20 /10 /octobre /2015 20:09

AUTOUR DU PALUD PALE A TRISTAN CORBIERE

« Sables de vieux os – Le flot râle
Des glas : crevant bruit sur bruit…
- Palud pâle, où la lune avale
De gros vers, pour passer la nuit. »
(Tristan Corbière, « Paysage mauvais », 1er quatrain)

1.
Le désert, qu'il avance (à mon avis, ça doit faire bisquer « râler le flot »), sans blague, ça fait drôle qu'il y ait de plus en plus de monde sur c'te planète et quand même qu'il pousse sa pointe, le sable, sa masse, son ost de dunes, sa légion spectre, son armée d'désert dans la presse des 7 milliards d'âmes et consorts, consœurs, consires et conséquences, plus quelques troupeaux encore qui la peuplent, not' boule - ah oui le désert qu'il avance, ça nous prépare pas de vieux os et c'est comme ça qu'on va finir étouffé par la forêt primitive, par son spectre de sable, vu qu'le le sable, c'est d'jà du « vieux os » comme il écrit, Corbière dans « Paysages mauvais », qu'il lui flanque même du pluriel, c'est pas le, mais les sables, « Sables de vieux os – le flot râle » (comme je vous disais tantôt) et pis « Des glas », les gars, qu'ça râle, le flot, d'la froidure sonore, d'la noirceur aussi, vu qu'la « lune », comme une sauvage des temps sans conjugaison, al' « avale / De gros vers », la goulue, qu'elle chope dans c'te bouillon-là, c'te « crevant bruit sur bruit », c't'à-dire le « palud pâle » (i doit faire comme une tache jaunâtre dans la noye, ce marais là, cause que palud signifie marais j't'apprendrais, palud donc qui fait d'l'écho dis, qui fait son malin, son rythmique, son ahuhal) « Palud pâle, où la lune avale » (ah l'est pas dégoûtée, m'enfin c'est la lune, jamais qu'un caillou, aussi chauve qu'un chauve de chez nous, et même pas magique, quoique magnétique, la marraine, et chaipasquoi qui fait qu'à la pleine lune, le réel en prend un coup dans la logique qu'on dit) – enfin, tout ça pour dire que dans ce premier quatrain de son « Paysage mauvais », à Tristan Corbière, ça « râle » et bouillonne et s'engouffre des vers comme toi tu manges des frites, et tout ça pour quoi, Monseigneur ? « pour passer la nuit », tiens, pomme, car, quant à octosyllaber dans le mélancolique à s'graver des noirs, autant qu'ce soit par une nuit d'insomnie, ça fait plus poétique, tu trouves pas ?

2.
Le désert, qu'il avance, et que nous, on est de plus en plus à se bousculer, c'est d'la cruelle ironie d'la nature, non ?

3.
Le sable, sa masse, son ost de dunes, sa légion spectre, son armée d'désert à l'assaut d'nous autres, le sable.

4.
Nous étoufferait de son anonymat, le sable, s'infiltrerait dans nos os, sous nos peaux, dans nos bouches, tous nos trous, nous ruinerait.

5.
V'là-t-y pas qu'on est ici-bas 7 milliards d'âmes et consorts, consœurs consires et conséquences; j'le vois moi, l'étouffement par le nombre.

6.
« Croissez et multipliez » et c'est ainsi que vous mourrez, dans la mort nombreuse et infiniment variée dans ses horreurs.

7.
Le sable, une armée mue par le vent, des colonnes de dunes, du vent, du vent, du temps qui n'a plus besoin de nous.

8.
Supprimez l'humain, vous supprimez ses fantômes. Nul spectre ne se promène dans le désert.

9.
L'humain, c'est l'autre du fantôme, c'est sa raison d'être, à défaut d'exister.

10.
Je n'aime rien tant qu'écrire. Ne me demandez pas pourquoi. Du diable si j'en sais quelque chose. J'aime écrire, et voilà tout.

11.
Tout de même, écrire, ça m'invente, me trouve d'l'imaginaire à foison, me peuple le cerveau d'une foule d'indicibles, du à-dire, du tout d'même.

12.
Il avance, nous prépare pas d'vieux os, ce déjà « vieux os », sable, d'la vieille branche, d'l'originel décomposé, du pourri sur place.

13.
J'ai plus faim. A m'a coupé l’appétit, la lune, à la voir comme dans un « paysage mauvais » de Corbière, avaler, la goulue, « de gros vers ».

14.
Y a eu un temps sans conjugaison, un temps sans passé, sans présent, sans futur, avec des vivants dedans qui mouraient sans calcul.

15.
J'aime bien le « palud pâle » à Tristan Corbière, ça agite comme un grand linceul de fantôme des marais, ça agite, ça s'dresse droit debout.

16.
Corbière écrit que « la lune avale de gros vers ». Elle grignote aussi des cervelles. Savez quoi ? La lune, c'est rien qu'une chauve féroce.

17.
Râle le flot
il râle contre nos os
nos sables nos livres.

18.
Magnétique, marraine baronne
du chaipasquoi qu'à la pleine lune on murmure
que le réel en prend un coup dans la logique.

19.
Ça râle, bouillonne, grouille de vers... Toi, peinard, tu manges ton steak- frites et tu l'sais pas encore qu'les morts remuent dans ta tête.

20.
Le poème, avec le réel, il fait son malin, son rythmique, il fait style, il fait d'l'écho, i s'écoute ; le réel, lui, comme un vulgaire vivant, i s'échappe.

21.
Le commentaire porte bien son nom : le comment y-a-t-il plutôt que son pourquoi.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 21 octobre 2015.

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Published by PATRICE HOUZEAU - dans TRISTAN CORBIERE EN POETE PUNK
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