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24 octobre 2015 6 24 /10 /octobre /2015 22:21

TOMBÉS DE L'HORLOGE

 

« SOMMEIL ! - Caméléon tout pailleté d'étoiles !

Vaisseau-fantôme errant tout seul à pleines voiles !

Femme du rendez-vous, s'enveloppant d'un voile !

SOMMEIL ! - Triste Araignée, étends sur moi ta toile ! »

(Tristan Corbière, «  Litanies du sommeil »)

 

1.

Tristan Corbière, il l'a mis en capitales, le mot « SOMMEIL », c'est qu'c'est pas rien, cette plongée dans les songes, cette rongée dans les combles, dans le labyrinthe, lents habits, peintes aux visages blancs, théâtre aux répliques bizarres, dés roulant tombés de l'horloge, même rime sur tout le quatrain (« étoiles ! » / « voiles ! » / « voile ! » / « toile ! ») et quatre points d'exclamation comme quatre coups de gong muet parce que c'est muet normalement quand on s'endort, qu'on a dans les mirettes du « Caméléon tout pailleté d'étoiles », des fois que le cosmos s'infiltre sous les paupières, nous jetant sa poussière d'images, dont on se figure du « Vaisseau-fantôme errant tout seul à pleines voiles », qu'il nous emporterait, ce Hollandais-Volant là, sur la grande bête noire tapie dans le paysage, ou encore la « Femme du rendez-vous, s'enveloppant d'un voile », pour la discrétion, ou alors messagère de quelque mystère – parlant une langue inconnue que l'on se reproche de ne pas comprendre et qui vous sourit mélancoliquement, ironiquement, énigmatiquement –, ou encore quelque sœur inconnue, revenante d'une illumination à la Rimbaud, que c'est pas tellement joyeux (bien que parfois, le rire devant l'absurde nous y prend qu'on dort, que l'on s'hallucine d'une jument splendide montée par un bouffon balbutiant et barbu, ou que les clochers jouent les doigts de Dieu, des doigts d'honneur dans un paysage hanté de cloches et de mauvaises têtes, ou qu'on se moque du fantôme qui se croit encore vivant et qui nous demande), que l'on pourrait comme Corbière le comparer, le « SOMMEIL », à une « triste Araignée », même qu'elle aussi, elle porte la majuscule, comme si elle sortait de l'antique pour étendre sur nos bouches bées le vertige de sa toile.

 

2.

Rues éclairées

ainsi les ombres se délient et

circulent plus librement

 

3.

En rêve les clochers

les doigts de Dieu

doigts d'honneur

en rêve parfois je ris

 

4.

« Moi je vois profond dans la nuit, sans voir ! »

(Tristan Corbière, « Le Naufrageur »)

 

Ver devin (noir)

 

5.

Les clochers

rappellent au ciel

que nous sommes en bas

 

6.

Des fois je laisse filer le temps

ou alors c'est le temps qui me

en tout cas j'en fiche pas une

 

7.

Il y a dans Corbière

un « tic-tac nerveux »

le spectre de l'horloge boit trop de café

 

8.

« Ah la mer et l'amour ! - On sait – c'est variable... »

(Tristan Corbière, « Le novice en partance et sentimental »)

 

Et puis quand même on prend des bateaux…

 

9.

Lenteur lancinante de l'électrique

guitare longeant un paysage

que je n'écoute pas.

 

10.

Tristan Corbière, il l'a mis en capitales, le mot « SOMMEIL », c'est qu'c'est pas rien, cette plongée dans les songes.

 

11.

Cette plongée dans les songes

Cette rongée dans les combles

Cette abandonnée cette Jeanne aux autres

 

12.

Dans le labyrinthe des âmes en habits longues tuniques visages blancs masques aux répliques bizarres dés roulant tombés de l'horloge.

 

13.

Dés roulant tombés de l'horloge ; non seulement, il boit trop de café, mais en plus il joue, le fantôme de nos heures.

 

14.

même rime sur tout le quatrain

(« étoiles ! » / « voiles ! » / « voile ! » / « toile ! »)

4 points d'exclamation

comme

4 coups d'un gong

muet

 

15.

Muet quand on s'endort, avec dans les mirettes des lambeaux de Tristan Corbière, du « Caméléon tout pailleté d'étoiles », d'la brume cosmos.

 

16.

Des fois que le cosmos s'infiltre sous les paupières, nous jetant sa poussière d'images, nous renvoyant à nos énigmes.

 

17.

Le Songe, un sphinx. Nous nous adonnons au rite nocturne de ses énigmes, jusqu'à ce que nous n'ayons plus de rêves, de vie, de corps.

 

18.

« Vaisseau-fantôme errant tout seul à pleines voiles !»

il nous emporterait, le Hollandais-Volant

sur la grande bête noire tapie dans la nuit.

 

19.

« Femme du rendez-vous, s'enveloppant d'un voile ! »

messagère de quelque mystère

incognita la banshee.

 

20.

« Vaisseau-fantôme errant tout seul à pleines voiles !»

La mer.

« Femme du rendez-vous, s'enveloppant d'un voile ! »

L'amour.

Spectres et voiles.

 

21.

La nuit elle est noire

le jour elle est grise

la bête tapie au fond du paysage

 

22.

La langue de l'inconnu n'est pas destinée à être comprise. Nous imaginons pourtant en avoir déchiffré quelques fragments.

 

23.

Mélancoliquement

ironiquement

énigmatiquement

inexplicablement,

la revenante

et son piano.

 

24.

Le rire des fois devant l'absurde nous y prend qu'on dort, qu'on saisit le drolatique sens de répliques lancées dans un théâtre sans raison.

 

25.

Des fois le fantôme il se croit encore vivant et vient me demander de lui payer une bière. Ah est-il drôle !

 

26.

Paysage hanté de cloches et de mauvaises têtes roulant sur le gazon anglais tandis qu'Alice nous fixe avec des yeux d'autrefois.

 

27.

L'araignée du sommeil, énigme comme l'antique, tisse toile de songe, nous nous échappons.

 

28.

Ce ne sont pas les énigmes que nous aimons, ce sont ses représentations. Nous craignons le Sphinx ; nous le légendons.

 

Patrice Houzeau

Hondeghem, le 24 octobre 2015.

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Published by PATRICE HOUZEAU - dans TRISTAN CORBIERE EN POETE PUNK
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