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20 décembre 2015 7 20 /12 /décembre /2015 17:57

MARINE CRUELLE

 

1.

Barbare, antique comme, langue du dehors, tordant les bouches grotesques des cauchemars, masques et rituels, dévotions au cœur de la mêlée.

 

2.

« Barbare », titre d'une prose de Rimbaud. Les « Illuminations » ? Des proses barbares, des messages de Horla.

 

3.

Qu'on en a, du rire dans nos rides. Le rire, une manière de tirer l'être par la langue.

 

4.

Ô Apocalypse ! La mer déchirée se délivrant les entrailles de ses poissons monstres, de ses sirènes affamées.

 

5.

Que le lointain reste lointain est un vœu pieu ; il se multiplie, le lointain, s'infiltre, s'insinue, influence et convertit.

 

6.

« Remis des vieilles fanfares d'héroïsme – qui nous attaquent encore le cœur et la tête – loin des anciens assassins - »

(Rimbaud, « Barbare »)

 

7.

« fanfares d'héroïsme » : c'est à ce son qu'on verse le sang.

 

8.

« Assassins » : pas si anciens que ça, mon cher Arthur ; et même tragiquement présents, les assassins.

 

9.

« Bien après les jours et les saisons, et les êtres et les pays»

(Rimbaud, «Barbare »)

 

10.

Y en a qui courent« les jours et les saisons », « les êtres et les pays », pour finir tout de même dans le « bien après » et l'au-delà.

 

11.

« Oh ! Le pavillon en viande saignante sur la soie des mers et des fleurs arctiques ; (elles n'existent pas) »

(Rimbaud, « Barbare »)

 

12.

Songer vieille marine de lointain et ce qui n'existe pas plus que « fleur arctique » et morale en politique.

 

13.

Loin loin entends-tu C'est la sirène qui ouine loin loin

Et pourquoi qu'elle ouine loin loin la sirène

N'a-t-elle plus aucun marin

Pour s'occuper les crocs

Et apaiser sa faim

 

14.

Qu'on va dedans l'pleuvant, et pis dessous qu'on traverse, dodelinant d'la rêverie, tandis que partout ça flique floque et flaque.

 

15.

« Oh ! Le pavillon en viande saignante »

(Rimbaud, « Barbare »)

 

Poésie d'abattoir.

 

16.

Les humains, c'est avec une lyre bien ruisselante de sentiments, ou alors très grasse, et salace, qu'on leur appâte le groin.

 

17.

Des fois j'aimerais écrire dans une langue barbare, une langue que je ne comprendrais jamais tout à fait.

 

18.

Marine cruelle, fumées, viandes saignantes, noyés, jets de vapeur, éventrations, se hisse, au loin ces cris, ces neiges qui crissent, ces rocs de glace qui se fendent, se brisent, égorgent les coques, se hérissent de corps démembrés.

 

19.

Son, sang, serpent, langue des envoûtements, des tables rases, l'humain vomit l'humain.

 

20.

Comme quoi ça s'rait pas autre chose que de la gestion de la déjection, de l'administration du rejet.

 

21.

« Ô Douceurs, ô monde, ô musique ! Et là, les formes, les sueurs, les chevelures et les yeux, flottant. »

(Rimbaud, « Barbare »)

 

22.

Flotter des yeux, comme si on avait du lointain plein les mirettes, ou de la déception.

 

23.

Malraux ou pas, celui qui a prédit que « le XXIème siècle serait religieux ou ne serait pas » a eu terriblement raison.

 

Patrice Houzeau

Hondeghem, le 20 décembre 2015

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Published by PATRICE HOUZEAU - dans FASCINATIONS RIMBALDIENNES
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