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15 janvier 2016 5 15 /01 /janvier /2016 23:19

NOCTURNES ET MOROSES

 

1.

J'suis tellement acharné seul que quand on découvrira mon corps, mon chien, mes chats auront probablement commencé à le eh oui…

 

2.

Je devrais me méfier : j'entends de plus en plus souvent les coups sourds du tonnerre sans orage. Qui donc m'appelle ?

 

3.

On vieillit ; le temps se fait court, comme si sous les jambes, qu'on a de moins en moins, elle s'accélérait, la course au trou.

 

4.

La nuit, elle porte une chemise noire et un bijou en forme de lune.

 

5.

L'humanité commençant gravement à pédaler dans la semoule trouve assez que l'univers, son expansion vers le crack boum uh, elle s'accélère.

 

6.

Nous questionnons les légendes ; y entendons-nous la réponse des morts ?

 

7.

« ils [les personnages des romans de Michel Butor] tentent de sauver ce qui peut l'être dans le flux accéléré de l'En-dehors. »

(Ludovic Janvier, « Une parole exigeante »)

 

Et comme si on cherchait à

l'assumer l'existence même

si elle cherche sans cesse

l'existence à les flanquer

dans des pièges nos pommes

nos pauvres pommes & comme

dans une phrase de Ludovic

Janvier qui dit : « ils

[les personnages des romans

de Butor] tentent de sauver

ce qui peut l'être dans le

flux accéléré de l'En-dehors »

et je m'dis quel En-dehors

l'En-dehors du texte cette

vie réelle oùsqu'on pédale

oùsqu'on navigue à vue pis

qu'on calcule qu'on gère &

probabilise escompte qu'on

croit maîtriser & ce qu'on

se goure alors qu'on s'dit

si on pouvait le contrôler

tout ça qui file file file

l'espace-temps ça qui tend

à nous étouffer puis qu'on

tente de s'en saisir de ce

monde qui file qu'on tente

de comprendre avant que ça

nous vampirise & nous vide

le cerveau peine perdue et

vidé qu'on finit toujours.

 

8.

« Fourmillante cité, cité pleine de rêves,

Où le spectre en plein jour raccroche le passant ! »

(Baudelaire, « Les sept vieillards »)

 

« fourmillante cité, cité

pleine de rêves » et puis

de crottes de chien aussi

que le « spectre en plein

jour « qui le « raccroche

le passant » il l'empêche

de glisser et d'se casser

jambe ou margoulette oui.

 

9.

« Les mystères partout coulent comme des sèves

Dans les canaux étroits du colosse puissant »

(Baudelaire, « Les sept vieillards »)

 

Les mystères & les énigmes &

les secrets les masques tout

ça d'courant les rues et pis

qui a des bras des jambes et

une tête lourde de pensées.

 

10.

« Comme on voit sur la branche au mois de mai la rose

En sa belle jeunesse, en sa première fleur,

Rendre le ciel jaloux de sa vive couleur,

Quand l'Aube de ses pleurs au point du jour l'arrose »

(Ronsard)

 

« Comme on voit sur la branche

outre l'agile zoziau merle qui

s'moque coucou que nul ne voit

« Comme on voit sur la branche

au mois de mai la rose » & que

j'écris ça qu'il fait un froid

à pas mettre son loup dehors &

donc que fait-on de cette rose

très pimpante en sa jeunesse &

toute belle sa jeunesse pensez

sa première fleur c'est-y donc

qu'elle le rend jaloux le ciel

que si ça continue va s'mettre

à bouder le ciel virer au gris

bruiner brumer & nous flanquer

la crève le ciel à force qu'il

en aura marre qu'elle se fiche

de lui qu'elle le nargue cette

rose là qu'elle l'a si vive sa

couleur style sortie d'chez le

coiffeur et nanani nananère et

le ciel à force marre qu'il en

aura assez de c'te roseraie-là

de l'Aube ouinant chaque matin

& pis qu'elle l'arrose la fait

reluire briller l'aut'pamée-là

 

11.

« Méchantes nuits d'hiver, nuits filles de Cocyte »

(Ronsard)

 

Vient un moment où l'on maudit

les « méchantes nuits d'hiver »

qu'on pressent l'anxiété roder

dans la pièce froide & chambre

froide ai-je d'abord pensé car

de quoi sommes-nous faits nous

si pensifs & faisant des nuits

d'hiver les « filles de Cocyte »

filles de la terre & filles de

l'enfer faites assez pour nous

éprouver l'âme & nous froisser

le palpitant & sans doute est-

ce en tissant nos légendes que

nous tentons de domestiquer la

radicalement étrangère

 

12.

« Méchantes nuits d'hiver, nuits filles de Cocyte

Que la terre engendra, d'Encelade les sœurs,

Serpentes d'Alecton, et fureur des fureurs,

N'approchez de mon lit, ou bien tournez plus vite. »

(Ronsard, « Les derniers vers »)

 

Des « méchantes nuits d'hiver »

Ronsard dit qu'elles sont les

filles de Cocyte un fleuve de

l'enfer Cocyte fleuve qui est

abondé par les larmes versées

par les ombres repentantes et

ces « méchantes nuits d'hiver »

Ronsard prétend qu'elles sont

« d'Encelade les sœurs » Fils

de la Terre Encelade géant et

avec cent bras encor & qui la

guerre aux dieux qu'il fit et

fut tué par la lance d'Athéna

Les « méchantes nuits d'hiver »

Ronsard les nomme « serpentes »

« serpentes d'Alecton » c'est

que les Furies Alecton Mégère

Tisiphone à leurs cheveux des

serpents s'entrelaçaient puis

elles ont aussi des ailes les

Furies de grandes ailes & des

fouets & des torches vertes &

du sang leur coule des yeux.

 

Patrice Houzeau

Hondeghem, le 15 janvier 2016.

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Published by PATRICE HOUZEAU - dans VERS JUSTIFIES
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