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16 mai 2016 1 16 /05 /mai /2016 08:12

PUISQU'IL EST MAINTENANT

 

1.

Les gens, faut qu'ils se fascinent, qu'ils se hantent, se légendent, qu'ils aient le sentiment de frôler l'impossible.

 

2.

« Il n'y avait ni portes ni fenêtres, mais une rangée de fentes verticales et étroites. A l'aide d'une loupe, je cherchais à voir le minotaure. »

(Borges traduit par Françoise Rosset, « There are more things » in « Le Livre de sable »)

 

« ni portes ni fenêtres, mais une rangée de fentes verticales et étroites »... C'est peut-être la pluie. Vérifions si ça mouille.

 

3.

« Sa grande plainte vague / Il l'a prise au malheur »

(André Gill, « (Oh n'avoir pas trouvé même... ) » in « Album zutique »)

 

Venant du vent, une grande plainte vague. J'en connais qui se bouchent les oreilles, pour pas qu'ça les entête, le loup de l'air.

 

4.

« Arrêtez de gaspiller des millions dans des guerres stupides. Investissez dans l'éducation. »

(Jeffrey Sachs, propos entendu sur France Culture, « Rue des Ecoles » du dimanche 15 mai 2016)

 

C'est vrai ça. Investissez dans l'éducation. Qu'on se massacre entre gens cultivés. Je dis ça, je provoque, mais franchement, vous y croyez, vous, à la paix du monde ?

 

5.

Sont marrants avec leur éducation. C'est pas d'l'éducation qu'i nous faut, c'est du boulot, du sonnant, du trébuchant.

 

6.

« Angelo décoiffa une autre bouteille de vin. »

(Jean Giono, « Le Hussard sur le toit »)

 

Une bouteille de vin, si ça se décoiffe, c'est que le pinard, c'est du chevelu. Qu'on en décoiffe une autre, et on aura mal aux cheveux.

 

7.

Quand on se rend compte qu'on a oublié quelque chose, on se dit Où ai-je donc la tête ? En général, on la r'trouve sur ses épaules.

 

8.

« La fortune aux larges ailes, la fortune par erreur m'ayant emporté avec les autres vers son pays joyeux »

(Henri Michaux, « Chant de mort »)

 

Si la fortune a de larges ailes, c'est pour s'envoler loin, loin, loin. Et nous, nous restons là, là, là.

 

9.

S'il y a des chants de mort, il y a aussi des chants de vie ; c't'un medley qu'on vit.

 

10.

S'il y a un Dieu caché, il doit l'être dans l'évidence.

 

11.

« J'ai aimé, un temps, des êtres flexibles et frais, aux cheveux étincelants, aux belles boucles. »

(Henry Fagne, « Madame Plaisir », in « De plante et de fantôme », Espaces, 1967)

 

On aime, « un temps, des êtres flexibles et frais » pour finir – alors il n'est plus temps - parmi des êtres raides et pourrissants.

 

12.

« La mer aujourd'hui,

est pareille à une cour de caserne vide. »

(Ernst Moerman, « Océan »)

 

Si la mer, des fois, a l'air d'une « cour de caserne vide », on y voit quand même des panaches sans ralliez-vous, des naseaux sans cheval.

 

13.

Le réel est plein de choses dont il faut sans cesse s'occuper. Des fois qu'on s'ennuierait, qu'on tomberait dans l'ontologie.

 

14.

« Dans les larmes nous voyions l'immense escalier des siècles »

(Henri Michaux, « Avenir »)

 

Si dans les larmes on voit des escaliers, c'est qu'il y a des maisons autour et des yeux qui pleurent dedans.

 

15.

« Dans ma petite tête, j'ai mort plusieurs fois déjà dans ma vie ! Mort ? La mort ? »

(Jean-Pierre Verheggen, « Ça n'langage que moi », Gallimard, 2015)

 

Avoir la mort plus qu'être mort, qu'avant d'être définitivement titulaire de son poste au cimetière, on l'a déjà la mort, auxiliaire, intérimaire, intermittente du funèbre.

 

16.

« A l'heure où les souris d'hôtel

ajustent leur cagoule

- au cœur scintillant de la ville mythique - »

(Marcel Havrenne, « La vieille blessure »)

 

Quand « les souris d'hôtel ajustent leur cagoule », le cœur de la ville scintille noir dans un passage, roman noir pour une nuit blanche.

 

La souris d'hôtel a enfilé son ombre « au cœur scintillant de la ville ». A mon avis, le diamant a croqué la souris.

 

17.

« jamais il n'était ni ne sera, puisqu'il est maintenant »

(Parménide traduit par Riniéri, « Le Poème »)

 

Dans l'genre éternel présent de la conscience, le temps, bouffeur de passé, tutoyeur de futur, bref, bricoleur d'abstractions.

 

18.

Il n'est que par ses indices. Insaisissable, incessant, ainsi nous saisit-il. L'être, le passage de Fantômas que nul n'a vu pourtant.

 

19.

Le réel est plein de choses dont il faut sans cesse s'occuper. I sait pas se débrouiller seul, le réel. C'est un enfant très très très âgé.

 

20.

Ah j'en aurai écrit des tas de petites choses ! Si petites que les éléphants de la critique passeront dessus sans même les voir.

 

Patrice Houzeau

Hondeghem, le 15 mai 2016.

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Published by PATRICE HOUZEAU
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