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29 mai 2016 7 29 /05 /mai /2016 20:22

QUATRE TYPES DE FANTÔMES

 

Notes sur deux paragraphes du « Novum Organum » de Francis Bacon traduit par Buchon.

 

« Non seulement les fantômes ou notions fausses, qui ont déjà pris pied dans l'entendement humain et y ont jeté de si profondes racines, obséderont tellement les esprits que la vérité aura peine à s'y faire jour ; mais le passage une fois ouvert, ils accourront de nouveau dans la restauration des sciences et feront encore obstacle, si les hommes ne sont bien avertis de s'en défier et de prendre contre eux toutes sortes de précautions. 

Ces fantômes qui obsèdent l'esprit humain, nous avons cru devoir (toujours pour nous faire mieux entendre) les distinguer par les quatre dénominations suivantes : fantômes de race (préjugés de l'espèce), fantômes de l'antre (préjugés de l'individu), fantômes du commerce (préjugés du langage), fantômes du théâtre (préjugés d'école). »»

(Francis Bacon, « Novum Organum » (1620), traduit par Buchon, Delagrave, 1836)

 

1.

« Non seulement les fantômes ou notions fausses, qui ont déjà pris pied dans l'entendement humain »

(Bacon, « Novum Organum », traduit par Buchon)

 

2.

« Non seulement les fantômes » : que j'aime ce début de phrase, j'en augure du curieux, du craquant, du glissant comme une ombre.

 

3.

Notion : concept, idée, pensée.

« Notions fausses » : Francis Bacon dans son « Novum Organum» les appelait « fantômes ».

 

4.

 « Non seulement les fantômes ou notions fausses, (...) y ont jeté [dans l'entendement] de si profondes racines »

(Francis Bacon)

 

5.

Les fantômes sont des jeteurs de racines, et cela dans le but évident de planter à l'infini d'nous autres des forêts de fantômes.

 

6.

On cogite, on s'remplit de chimères spéculatives qui s'agitent la langue dans nos caboches genre jardin des délices à la Bosch.

 

7.

« l'entendement humain » : du verbe « entendre » dans le sens de « comprendre ». L'entendement est la faculté de comprendre, c'est la raison au sens où l'on dit que « l'homme est un animal doué de raison. »

 

8.

« les fantômes ou notions fausses (...) obséderont tellement les esprits que la vérité aura peine à s'y faire jour » (Bacon)  : l'intelligence humaine est tellement fascinée par l'apparence qu'elle n'accède pas (n'arrive pas) à la vérité.

 

9.

«la restauration des sciences » : le retour à la rigueur scientifique, à ce que Bacon appelle la « véritable induction ».

 

10.

« L'homme est un animal doué de raison » et d'un membre viril qui le rend assez stupide. Ça équilibre.

 

11.

L'humain n'étant point sourd, il s'y entend dans l'écoute de toutes les âneries possibles, qu'évidemment il ne manque jamais de répéter.

 

12.

Se défier de : se méfier de, voir en l'autre l'antre d'un fantômas qui attend que vous tourniez le dos puis i vous et voilà.

 

13.

Pour Francis Bacon dans son « Novum Organum », « quatre dénominations » pour les « fantômes » ou « notions fausses »  : fantômes de race (préjugés de l'espèce), fantômes de l'antre (préjugés de l'individu), fantômes du commerce (préjugés du langage), fantômes du théâtre (préjugés d'école). »

 

14.

« pour nous faire mieux entendre » : pour mieux nous faire comprendre.

« dénominations » : noms, appellations.

 

15.

Parmi les fantômes qui nous fascinent, Bacon distingue les « fantômes de race (préjugés de l'espèce) » qui nous font croire que la réalité est telle que nous la voyons.

 

16.

Bacon distingue les « fantômes de race (préjugés de l'espèce) » qui nous font prendre le réel pour ce qu'il n'est pas.

 

17.

Ah vrai ! nous nous croisons dans des couloirs aussi peu réels que les apparences que nous agitons dans vos yeux.

 

18.

Préjugés : opinions sans fondement, idées préconçues, stéréotypes, a priori, idées erronées que l'on a sur les choses et les gens.

 

19.

Parmi les fantômes qui nous fascinent, Bacon distingue les « fantômes de l'antre (préjugés de l'individu) » qui nous font juger du réel d'un point de vue particulier, celui du « chez nous », du petit monde où nous demeurons.

 

20.

Bacon distingue les « fantômes de l'antre (préjugés de l'individu) » qui ne jugent du réel qu'à partir du petit monde qui tourne autour de leur œil.

 

21.

Le petit monde qui tourne autour de l’œil, c'est la spirale à Ubu, c'est la gidouille affichée, c'est le monde vu par le tube digestif.

 

22.

Antre : excavation (une grotte par exemple) naturelle qui sert d'abri aux humains ou aux animaux ; repaire, caverne, tanière.

 

23.

Antre : trou dans la nature avec dedans de l'humain, ou d'l'animal ; repaire, caverne, tanière d'où des yeux noirs condamnent le monde.

 

24.

Des fois, Zut zieute l'autre et s'dit c'est rien qu'une antre, une vieille tanière à loup, un repaire à périls, un serpent dans la boîte.

 

25.

Parmi les fantômes qui nous fascinent, Bacon distingue les « fantômes du commerce (préjugés du langage) » qui nous font insuffisamment définir ce que pourtant nous jugeons avec tant d'assurance.

 

26.

Bacon lie le « commerce » au « langage » : il ne peut y avoir d'échanges avec les autres sans langage.

Commerce : ici, fréquentation des autres.

 

27.

Francis Bacon lie le « commerce » au « langage » : vrai ! on ne peut hanter l'autre sans lui souffler du maudit dans les oreilles.

 

28.

Bon escroc a belle parole ; c'est le puant en charmant.

 

29.

L'autre est la condition du langage. Sans nous, Dieu serait-il cet être dont l'amour est, paraît-il, si puissamment universel ?

 

30.

Bacon distingue les « fantômes du théâtre (préjugés d'école) » qui sont sottises et billevesées en usage dans les différentes écoles de pensée qui s'affrontent sur la scène du théâtre des idées.

 

31.

Les fantômes, Bacon y distingue les « fantômes du théâtre (préjugés d'école) » : sottises en usage qui s'affrontent sur la scène des idées.

 

32.

La politique met en scène ces « fantômes du théâtre » dont parle Bacon et qui s'échangent les âneries en usage dans leurs partis respectifs.

 

33.

Lorsque j'entends débattre de l'école, je pense assez vite à ces « fantômes du théâtre » dont parle Bacon. O pédagogues ! O histrions !

 

34.

L'école est le champ de bataille de la raison contre les fantômes, lesquels cherchent à nous engluer dans une succession de réformes.

 

35.

L'école, une succession de réformes, infini réglage d'une machine hyper-sophistiquée que nul ne parvient jamais à faire fonctionner.

 

36.

L'égalité des chances n'est pas l'égalité des possibles.

 

37.

On les a tellement cinochées d'fantoches à fils, nos caboches, qu'la vérité, elle nous tire la langue, et court ailleurs.

 

38.

Les fantômes ne sont qu'apparences ; nous échangeons avec eux des avis tranchés sur le réel.

 

39.

Le cinéma consiste à mettre les fantômes à jour ; aussi faut-il se méfier du cinéma qui prétend mimer le réel.

 

40.

Les fantômes sont peuplés de dieux très puissants ; nos idées les affrontent et ne gagnent pas toujours.

 

41.

Le paradoxe étant qu'apparences, les fantômes sont aussi apparaître.

 

42.

Les fantômes, cet apparaître ironique du réel.

 

Patrice Houzeau

Hondeghem, le 29 mai 2016.

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Published by PATRICE HOUZEAU - dans FANTAISIES SPECULATIVES
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