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20 septembre 2016 2 20 /09 /septembre /2016 18:01

APPARITION DE NINA H.

 

1.

« Ce que le public réclame, c'est l'image de la passion, non la passion elle-même. »

(Roland Barthes, « Mythologies » in Raoul Vaneigem, « Dictionnaire de citations »)

 

Nous aimons les images, les métaphores et les masques en ce que ce bal nous met à distance des passions que l'on dit dévorantes.

 

Les fictions sont les contrepoisons des passions, quoique parfois elles en soient aussi les vecteurs.

 

Les fictions, des ambassadeurs en habits de merveilles qui nous viennent porter des messages de nos proches étranges.

 

2.

Je grinçai grinçai grinçai grinçai grinçai car j'aime à grincer le verbe grincer ô ma jolie porte viens ici que je te grince un peu.

 

Des dents v'là que j'vois des dents partout des dents ô dieu l'univers est un dentier !

 

3.

Et je quittai mon ombre laquelle disparut aussitôt comme si je n'avais jamais existé.

 

4.

« Le plus souvent, j'errais à travers la maison où tout le monde s'évitait en dehors des inéluctables heures de la communauté des repas. »

(Jean Ray, « Malpertuis » [le narrateur])

 

« J'errais à travers la maison », que même des fois je traversais les assiettes et les verres cependant que les vivants mâchouillaient.

 

« la maison où tout le monde s'évitait », des fois qu'en se rencontrant, ils se reconnaîtraient.

 

Les « inéluctables heures » que je les imagine assez un poignard à la main à vous attendre là au coin d'l'horloge.

 

« la communauté des repas » : le genre de bout de phrase qui me fait songer illico à une assemblée de spectres dévorant le réel.

 

5.

Quand dans un roman Nono lance un regard perçant à Nini (c'est sa sœur), j'imagine vite Nini rattraper l’œil à la volée.

 

6.

« A l'abri du vent, j'allai m'asseoir au bord de la mer, à moi seule à cette heure. »

(Agatha Christie traduit par Th. Guasco, « Les Pendules » [Colin])

 

Vaut mieux s'mettre à l'abri du vent que font les choses quand soudain les bouches des choses, vous soufflent vous soufflent dedans l'être.

 

Quand on va s'asseoir au bord de la mer, faut gaffer d'pas tomber d'dans, qu'on glisserait vite happé par l'chaipaquoi qui sidère et chante.

 

Certaines heures, elle est à soi seule qu'on l'a toute entière pour soi qu'les autres vous la prennent pas, la tête.

 

Même que des fois on l'a à soi seule et toute, sa tête, qu'on peut s'y réfléchir dedans.

 

7.

Quand j'étos jeune (dans une autre vie) j'croyais aux Stones et à Pink Floyd, maint'nant, hélas, les mômes i s'emballent pour illuminatis complotances & blablabla.

 

Tout ça qui ourdit, qui complote : illuminatis, reptiliens, pédagogistes…

 

8.

Des fois qu'elle s'appellerait Nina H. et qu'elle lancerait de longs rrrwwwiiiips pour vous tentaculer.

 

9.

J'aime bien les querelles de chiffres entre experts à la radio, je me dis y en a un au moins un qui ment, à moins qu'i soient tous crétins.

 

10.

Quand j'aurai plus d'oreilles, j'pourrai plus écouter Nina Hagen ni les Doors ni Satie, finis les beaux mystères, y aura plus qu'les morts.

 

11.

« Le regard ne s'empare pas des images, ce sont elles qui s'emparent du regard. Elles inondent la conscience. » (Franz Kafka, in Gustav Janouch, « Kafka m'a dit » cf Raoul Vaneigem, « Dictionnaire de citations »)

 

Que « le regard ne s'empare pas des images » ne m'étonne guère, comment qu'i pourrait sans mains, sans bras, ni épuisette ?

 

Mais les images, pour vous attraper les yeux, elles en ont des bras, de longs bras avec au bout des mains aussi invisibles que vous et moi.

 

Puis les images elle vous « inondent la conscience » pour y mettre des pieuvres, tiens, des vouivres et des vaisseaux fantômes.

 

12.

Des fois Nina H. hante quelque vieille fête foraine, elle est le limonaire à vouivres, et grince une chanson fantôme.

 

13.

Des fois Nina H. hante La Danse du Sabre et y a comme des têtes coupées dans sa voix qui chantent chantent chantent à corps perdu.

 

14.

« Phèdre ! Que lui dirai-je ? Et que peut-elle attendre... »

(Racine, « Phèdre », v.565 [Hippolyte])

 

Quand j'entends le nom « Phèdre » je songe à la couleur verte, genre « Reine verte » à Pierre Henry, voix fantôme dans les couloirs du palais.

 

Moi aussi si Phèdre m'apparaissait là comme ça avec sa longue robe de temps je me demande ce que je pourrais bien lui dire. Mais, à mon avis, elle n'attendrait rien de moi et me traverserait comme nous passons une porte, sans même me voir.

 

Que pourrait bien attendre une apparition de Phèdre ? Un train fantôme ? un tableau hanté ? Un cornet d'frites ? Godot ?

 

15.

Des fois, les gens m'ennuient comme s'ils étaient encore vivants.

 

16.

« L'imagination est le mode de déplacement le plus rapide » dit-il citant un certain Jean Morel et se prenant la porte pleine face.

 

17.

« Et du feu criminel qu'il a pris dans ses yeux »

(Racine, « Phèdre », v. 1016 [Oenone])

 

Des fois qu'on se sent du feu pis du criminel plein les yeux là, qu'on nous dise qu'on peut aller se faire cuire un œuf, c'est pas prudent.

 

18.

« Toutefois, l'enquête se poursuivait aussi laconique que possible. »

(Agatha Christie traduit par Th. Guasco, « Les Pendules »)

 

Quand une enquête se poursuit, en général, elle finit par se retrouver, mais il est vrai que tout dépend de la finesse du limier.

 

Si une enquête est laconique, à moins d'être dans l'imperméable de l'inspecteur, on n'en sait pas plus. Faut demander au sphinx, mais parfois il est ailleurs, le sphinx, à jouer aux pyramides.

 

19.

Parfois, je me demande si certains ont conscience d'avoir passé la majeure partie de leur vie avec le fantôme de ce qu'ils furent.

 

20.

Pis un jour le vieux clown tout ridé fatigué usé aura ma peau, qu'alors je grincerai encore un peu avant d'm'en aller eau d'boudin.

 

Patrice Houzeau

Hondeghem, le 20 septembre 2016.

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