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NOTES SUR GUILLAUME APOLLINAIRE

DE QUOI CLAQUER DES DENTS
Notes sur les deux premières strophes de La Maison des Morts de Guillaume Apollinaire (in Alcools).

Bien sûr, les morts sont nos familiers. Nous vivons dans leur être. Qu’ils soient encore visibles ou rangés dans l’ordre des cimetières, ils sont la preuve de l’humain. Il n’y a que les brutes sans doute qui ne respectent pas les morts, et qui ne sait vivre avec ses morts ne sait vivre avec les vivants. Ou alors, il fait semblant. Ce qui est probablement le mode d’être le plus partagé au monde.


« S’étendant sur les côtés du cimetière
   La maison des morts l’encadrait comme un cloître »
   
(Apollinaire, La Maison des Morts)

La maison des morts n’est donc pas seulement le cimetière. Elle est aussi autre chose. D’ailleurs, on peut y voir à travers ses vitrines :


« A l’intérieur de ses vitrines
   Pareilles à celles des boutiques de modes
   Au lieu de sourire debout
   Les mannequins grimaçaient pour l’éternité »

La poésie se nourrit d’yeux, - c’est qu’elle en gobe des regards ! Elle versifie la reluque, voyures et revoyures. Du coup, on voit ce qui passe les « modes », ce mode d’être distrait des vivants, cette nécessité du superflu à laquelle les humains travaillent avec le plus grand sérieux, car on a beau faire, les morts restent égaux à eux-mêmes (c’est là leur plus grande qualité) et au lieu de « sourire debout », leurs figures « grimaçaient pour l’éternité ».


De la nécessité du voyage chez les vivants, pour voir, pour voir encore, voir ce que l’on n’a pas encore vu, voir ce qui est à voir :


« Arrivé à Munich depuis quinze ou vingt jours
   J’étais entré pour la première fois… »

Encore que, pour le narrateur des poèmes d’Apollinaire, le hasard est aussi un guide :


« J’étais entré pour la première fois et par hasard
   Dans ce cimetière presque désert »

La poésie, quelle gourmande de sensations ! La voilà qui se met à « claquer des dents » comme dans un conte fantastique, - à moins que ce ne fût le froid qui lui agite la mâchoire, au pèlerin :


« Et je claquais des dents
   Devant toute cette bourgeoisie
   Exposée et vêtue le mieux possible
   En attendant la sépulture »

Est-elle morte, est-elle vivante, cette « bourgeoisie » ? On la dirait bien apprêtée pour la cérémonie funèbre, « vêtue le mieux possible ». Nécessité d’être présentable dans la mort, d’être à son avantage ; c’est que nous sommes polis, nous les humains, les plus polis de la Création. Notre politesse valut autrefois superbe, seigneurie, élégance, parfois même chevalerie. Mais depuis que nous sommes devenus aussi les plus démocratiques, nous nous laissons aller à la plus commune des vulgarités et nous dépêchons d’envoyer, le plus démocratiquement du monde, le maximum de nos congénères à la sépulture. On appelle cela la guerre, laquelle est pratiquée sous deux formes, la militaire qui enrichit les marchands d’armes et dépeuple l’Afrique, et l’économique qui enrichit les plus malins et désespère les plus honnêtes. Et vrai, il y a de quoi « claquer des dents ».


Patrice Houzeau
Hondeghem, le 11 avril 2008

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

AU CARREFOUR


"Au carrefour où nulle fleur sinon la rose
  Des vents mais sans épine n'a fleuri l'hiver
  Merlin guettait la vie et l'éternelle cause
  Qui fait mourir et puis renaître l'univers"
  (Guillaume Apollinaire, Merlin et la vieille femme in Alcools, vers 5-8)


Un "carrefour" de "nulle fleur" : la porte des possibles serait en-dehors du cycle des saisons. Ou alors c'est que ce cycle est contredit par la "rose des vents". Les points cardinaux, ce symbole de la nature géométrique du monde, seraient les seuls repères possibles à ce "carrefour" atemporel. Pourtant, deux précisions ("mais sans épine" et "l'hiver") rappellent le temps compté des hommes.
C'est peut-être ici une des sources de la Légende. Qui placer à ce "carrefour" symbolique et précisé par l'hiver ? Ce qui porte à la fois figure humaine et qui pourtant passe le temps ordinaire des humains : l'enchanteur, Merlin, ce guetteur de vie, cette sentinelle de l'invisible, qui donne soudain un sens à cette "rose des vents" en la faisant tourner sur l'axe d'une "éternelle cause / Qui fait mourir et puis renaître l'univers".
Eternel retour ? Oui, sans doute, mais aussi origine de la fable. Les figures prennent vie alors : le Phénix renaît de ses cendres, le Dieu Pan n'est plus aussi mort qu'on l'a crié, et :


"Une vieille sur une mule à chape verte
  S'en vint suivant la berge du fleuve en aval"
  (Merlin et la vieille femme, vers 9-10)


On peut maintenant raconter des histoires.


Patrice Houzeau
Hondeghem, le 20 mars 2008

LE SIMPLE SIED AU POEME
(Notes sur Les Femmes de Guillaume Apollinaire in Alcools)

 

Les citations faites du poème d’Apollinaire figurent ici en italiques


Le simple sied au poème
      Comme
La guitare à la chanson
Le sourire à la Joconde
La bête à cornes au pré

Ainsi les italiques qui
      Comme
L’écho répondent femmes
Causant dans
Les Femmes
Poème d’Apollinaire qui
Dit les paroles simples
Elles
dans la maison du
Vigneron
les femmes qui
Causent et cousent donc

-

Lenchen remplis le poêle et mets l’eau du café
C’est que la fille est de l’est nécessaire est
Le café dans ces pays froids ici les femmes au
Travail du fil et de l’aiguille font parole de
Tout de rien et l’on ne sait plus qui parle si
C’est le poète comparatif Ce cyprès a l’air du
pape en voyage/Sous la neige ou si ce sont les
Femmes - Encore un peu de café Lenchen s’il te
Plaît ou - Lotte es-tu triste Ô petit cœur – à
Lire ces mots on pourrait s’y croire dans le +
Réaliste des réels poétiques oui mais la magie
Est grande aux vers d’Apollinaire l’enchanteur
Le vent faisait danser en rond tous les sapins
Ecrit-il en intervenant dans la conversation y
Mêlant ses propres mots y jetant la féerie des
Images: la forêt là-bas/Grâce au vent chantait
à voix grave de grand orgue et dans ce souffle

 

Le songe Herr Traum survint avec sa sœur Frau
Sorge
Monsieur Songe donc et Madame Souci une
Famille esquisse en écho peut-être à ces mots
Des femmes à leurs songes à elles aussi leurs
Soucis aussi à ces femmes qui causent cousent
Familières et méconnues comme des cousines si
Lointaines maintenant que l’on n’y prête plus
Guère d’attention la nuit tombant et les ceps
Tordus des vignobles devenant dans cet obscur
De tout qui passe des ossuaires il faut alors
Attiser le poêle qui s’éteint
aussi se signer
Dans la nuit indécise alors se finit le poème

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 15 mars 2008 

COMME UN ŒUF SUR LE PLAT
OU MÊME UN CHEVEU DANS LA SOUPE
COMME VOUS VOULEZ

 

"C’est la lune qui cuit comme un œuf sur le plat"
(Guillaume Apollinaire, Les Fiançailles in Alcools)

 

"Les rues sont mouillées de la pluie de naguère"
(Guillaume Apollinaire, Les Fiançailles in Alcools)

 

Dans la même page qu’on trouve ces deux vers
Qui me plaisent pour leur fantaisie celle de
La lune qui cuit comme un œuf sur le plat vu
Que la nuit a déployé son parc à énigmes que
La machine à images se met en marche comme 1
Drogue que c’est cette féerie des images qui
Illustrent le monde le rythment font prodige
Pipe nègre et œuf sur le plat j’avais trouvé
Cet octosyllabe à la féerie qui fait prodige
De rien celle-là me rappelle un texte de qui
Je ne sais plus un auteur allemand étudié en
Cours il y a longtemps la phrase évoquait un
Soleil rouge comme le soleil des peintres du
dimanche pourquoi je m'en souviens plutôt de
Celle-là parmi tant d’autres allez savoir ou
Bien c’est l’image du cercle rouge qui s’est
Inscrite dans ma mémoire dans un ciel tout à
Fait bleu au-dessus d’une flore très lisse à
La manière des tableaux du Douanier Rousseau
Quant à l’autre celle des rues mouillées qui
Indiquent la pluie de naguère la messagère à
Rappeler que la pluie a pour nous ce pouvoir
De suggérer la fuite du temps le temps passe
Et ne peut se rattraper c’est pas aux lianes
De la pluie que l’on peut s’agripper dans le
Même mouvement la pluie des trottoirs se lie
A toutes les autres pluies à toutes les rues
Que nous avons traversées dans ce passage du
Temps que nous fûmes cette persistance de la
Lune de la pluie dans la mémoire reliant nos
Regards aux regards de tous les réflexifs de
Tous ceux qui passent et pensent Toutes même
la plus laide a fait souffrir son amant dans
Zone de Guillaume Apollinaire lit-on cela et
Si vous vous demandez pourquoi je le cite ce
Vers eh sachez que je ne vous répondrai pas.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 9 mars 2008


ARLEQUINE

 

 

 


« Frôlée par les ombres des morts
  Sur l’herbe où le jour s’exténue
  L’arlequine s’est mise nue
  Et dans l’étang mire son corps »
  (Apollinaire, Crépuscule in Alcools)

 

 

 


Frôlée
qu’il dit comme si elle était l’enjeu
De ce drôle de jeu que les ombres celles des
Morts jouent peut-être frôlée par ceux étant
Au vent comme chez eux sur l’herbe on dirait
Qu’elle est peinte cette herbe à y réfléchir
A cette préposition spatiale sur alors que +
Commun on dit que l’on marche dans l’herbe +
Ce jour qui s’exténue comme s’il était non +
Cette alternative à la nuit mais un être vif
Un phénix qui s’éteindrait le soir et l’aube
Venue se rallumerait lampion du monde ce qui
Fait un énigmatique décor pour une fille nue
En l’occurrence l’arlequine qui a laissé les
Couleurs de ses habits pour la flamme claire
De son corps se mirant dans l’étang figurant
Ainsi quelque vouivre quelque fille des eaux

 

 

 


Patrice Houzeau
Hondeghem, le 2 mars 2008

 

 

 

 

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