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21 janvier 2006 6 21 /01 /janvier /2006 14:10

L'assonance est la répétition expressive d'un son vocalique dans un énoncé.

On retiendra l'exemple suivant, par ailleurs fort célèbre :

Tout m'afflige et me nuit et conspire à me nuire
                                                                    (Racine, Phèdre)

L'assonance "ui/i" [wi/i] traduit ici la plainte de Phèdre.
On peut en noter le caractère régulier : l'assonance épouse ici le rythme ternaire du vers.

Par ailleurs, il ne manque pas d'élèves qui doivent préparer le sonnet Ma Bohème d'Arthur Rimbaud.

On peut relever dans ce sonnet l'assonance "ou" [u] aux vers suivants :
- J'allais sous le ciel,... (v. 3)
- que d'amours splendides j'ai rêvées !
  (v. 4)
- Mon unique culotte avait un large trou.
  -Petit Poucet rêveur, j'égrenais dans ma course
  Des rimes. Mon auberge était à la Grande-Ourse.
  -Mes étoiles au ciel avaient un doux frou-frou

  Et je les écoutais, assis au bord des routes,
  Ces bons soirs de septembre je sentais des gouttes
  (...)
 
, rimant au milieu des ombres fantastiques,
(...)
De mes souliers blessés, un pied près de mon coeur !
(v. 5 à 14)

Il n'est pas si aisé de commenter cette assonance pourtant abondante (15 occurrences dont 6 à la rime) et donc volontaire de la part de Rimbaud.
Le poème Ma Bohème est une fantaisie, (ce mot constituant le sous-titre du texte), et il pourrait bien s'agir effectivement d'un clin d'oeil.
En effet, le paysage dans lequel le futur "homme aux semelles de vent" (dixit Verlaine) évolue, est un paysage rural : le narrateur vagabonde sur les chemins, il "fait la route" (cf v.9 : Et je les écoutais, assis au bord des routes).

Que peut-il bien entendre sur ces routes de campagne de 1870 ?
En dehors de l'imaginaire frou-frou des étoiles:

Mes étoiles au ciel avaient un doux frou-frou (v.8),

ce qu'il entend certainement c'est le chant ironique du coucou, sans cesse présent et toujours invisible.
Chant qu'il commence à percevoir dans le premier quatrain (2 occurrences), chant qui s'intensifie dans le second quatrain (7 occurrences dont 6 à la rime) comme si le poème rendait compte de manière implicite du trajet du poète, et par le caractère régulier de l'assonance du chant du coucou qui, dans le premier tercet, semble s'éloigner (4 occurrences) pour finir, dans le second tercet, par une réminiscence, un chant lointain (2 occurrences).

Intéressante donc cette assonance qui nous permet d'entrevoir l'espace imaginaire du poème.
Clin d'oeil d'autant plus ironique que Rimbaud lui-même, comme le coucou, passera une partie de sa vie à disparaître.
Ainsi, dans ce texte, peut-être nous signifie-t-il que, tel le coucou, il est désormais invisible et déjà parti.

                                                                               Patrice Houzeau
                                                                               Hondeghem, le 22 avril 2005

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Published by Patrice Houzeau - dans NOTES ET COMMENTAIRES
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