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"OUI, JE LE VEUX."
Note sur Andromaque de Racine (cf Acte III, scène 1)

Oreste est amoureux de la belle Hermione, la promise au trépidant Pyrrhus.
A la scène 1 de l'Acte III, Oreste se désespère de ce mariage annoncé :

Et quelle âme, dis-moi, ne serait éperdue
Du coup dont ma raison vient d'être confondue ?
Il épouse, dit-il, Hermione demain ;
Il veut, pour m'honorer, la tenir de ma main.
Ah ! plutôt cette main dans le sang du barbare...
    (vers 729-733)

Où l'on voit que Oreste reconnaît être en proie à la passion qui "confond" la raison et pousse à des impulsivités criminelles, tous les avocats vous le diront.
Ce qui n'empêche pas que Oreste se montre résolu à enlever celle qui ne s'est pas décidée à le suivre :

Pylade, je suis las d'écouter la raison.
C'est traîner trop longtemps ma vie et mon supplice :
Il faut que je l'enlève, ou bien que je périsse.
Le dessein en est pris, je le veux achever.
Oui, je le veux.
    (vers 711-716)

En dehors de la raison, il n'est donc qu'une alternative : vaincre ou périr.
On notera que la réïtération de l'expression "je le veux", soulignée par l'affirmation de volonté "oui" fait sentir son effet rythmique. Pain bénit pour les librettistes et les compositeurs que ce "oui, je le veux" si clair et fort sonnant. On croirait y entendre du Rameau dans ces quatre syllabes là. Un orchestre baroque y serait formidable à en exprimer la force ; je dis bien baroque, c'est-à-dire, clair, précis, net comme le tranchant d'une lame et non le baragouin parfois des compositeurs romantiques si bavards, pompeux et prétentieux que l'on croirait bien, à les subir, que l'aimable et plaisante grenouille du Platée de Rameau ait eu soudain la drôle d'idée de se faire aussi grosse qu'un boeuf wagnérien ou qu'une Marguerite bavaroise qui s'apprêterait à envahir la Pologne.

Ceci dit, c'est bien formidable, Faust tout de même mais il me semble que "l'Air des Bijoux" (vous savez, le fameux air de la Castafiore, "Ah, je ris de me voir si belle en ce miroir...") gagnerait à être interprété par une chanteuse baroque, - une "baroqueuse" comme on dit parfois -, les spécialistes du baroque étant bien plus naturels, plus clairs et plus sobres que la plupart des va-d'la-voix du Bel Canto. Je sais aussi que les Divas n'ont pas le choix car comment se faire entendre et paraître "naturelle" avec une telle débauche d'effets et de ces redondances d'instruments à rendre sourd ou à faire fuir le Diable lui-même quand il lui vient l'envie d'entendre un peu de musique ?

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 14 juin 2006

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