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8 août 2013 4 08 /08 /août /2013 02:40

AH QUE N'A T'ON DIT SUR AKHENATON
Tout ça inspiré par quelques vers de Tristan Corbière.

 

1.
Dans le poème Bohême de chic, le je dis (même si c'est dimanche) sur le ton impératif qui n'admet d'imperméable que s'il pleut :

"Ne m'offrez pas un trône !
A moi tout seul je fris"
(Tristan Corbière, Bohême de chic cité dans Al Médicis et Don Goncourt, "Le Joker et les dix huit petits cochons contre Sisi impératrice, ratrice, ratrice, ratrice, trice, trice, trice" (1), p.432)

 

C'est donc que le narrateur est tout à fait oeuf, ou poisson pané, mais s'il n'est pas né, c'est qu'il est donc oeuf (CQFD), et s'il frit sur un trône, c'est donc que ce trône est une poêle, sinon ça n'aurait pas de sens puisqu'en plus, nous savons, de source bien informée, qu'il s'a royalement brouillé avec son sceptre.

 

(1) : Que n'a t'on à ce titre long coupé l'écho ?

 

2.
Dans le poème Féminin singulier, le je dis (même si c'est lundi) sur le ton impératif qui ne prend de parapluie que lorsqu'il va à Londres (et comme jamais il n'y va, il a souvent les cheveux mouillés) :

 

"Fais-nous sauter, pantins nous payons les décors !"
(Tristan Corbière, Féminin singulier, cité dans Al Médicis et Don Goncourt, "Marie-Chouette et les sept plats froids de la vengeance", p.432).

 

Les pantins paient pour les péripatéticiennes à répliques. C'étaient là les moeurs d'une époque révolue, où les gens avaient bien mal aux dents, où des jaloux à barbe se battaient en duel pour des questions d'honneur et quelques poils de cul, où il n'y avait pas encore de rock n' roll qu'on devait s'ennuyer ferme, même que pour trouver des galettes d'Elvis et des Ray-ban, laisse tomber, autant jouer Mystery Train sur un troupeau de cloches à vaches.

 

3.
"Mort, il aimait le jour et dédaigna de geindre."
(Décourageux)

 

Quand on est mort, si on aime le jour, c'est qu'on s'est fait fantômé quelque part. Si, en outre(-tombe), on "dédaigne de geindre", on risque pas de se faire remarquer en tant que fantôme, car un fantôme, ça geint, gémit, grince, se glisse, s'agite le linceul, fait flotter son oreille coupée dans le couloir, ou sa tête tranchée, ou sa cervelle coulante, ou son petit doigt m'a dit... non, vraiment, si on dédaigne tout ça, on risque pas de rentrer dans la légende ; c'est par sur nous que les scribes broderont des fantastiques ; c'est pas nous qui ferons frémir la jeune fille et pâlir le cousin ; c'est pas nous qu'on sera le personnage du conte de l'aïeule. On sera comme si on n'était pas là. A peine un reflet fugace, un bref frisson, un ferme donc la porte, il y a un courant d'air.

 

Note : Je me permets de rappeler ici que se trancher l'oreille n'est pas le meilleur moyen d'arrêter de fumer.

 

4.
"- Je vois rouge... Ah oui, c'est juste : on s'égorge -"
(Duel aux camélias)

 

Comme il passait devant un pré, il vit rouge... Ah oui, c'est juste : on s'égorge - se dit-il. C'étaient deux jaloux à barbe qui battaient le fer pendant qu'ils étaient chauds.

 

"J'ai fait des ricochets sur son coeur en tempête."
(Pauvre garçon)

 

Ce spectacle le détourna des ricochets de son coeur, car il était tout ricochant, ricochetant, chetant, tant, tant ce matin-là qu'il avait dû s'essorer le navire, la tempête l'ayant secoué comme prunier en écume.

"J'entends comme un bruit de crécelle..."
(Heures)

 

"Je suis encor, ma Très-Chère,
Serpent comme le Serpent"
(Vendetta)

 

La crécelle entendue dès l'aube, et qui disait Serpent comme le Serpent, et ah que n'a t'on que n'a-t-on dit sur Akhenaton, le mit en route. Puis un des jaloux ayant signé furax à l'avant-bras de l'autre, le duel s'arrêta. Tout ricochant, ricochetant, chetant, tant, il reprit sa route, en méditant des saignements rouges sur fond vert.

 

5.
"L'oeil tué n'est pas mort"
(Cris d'aveugle)

 

Non, il n'est pas mort, l'oeil tué, il flotte encore, il mire encore, il reluque encore, entre deux os invisibles ; il passe dans une écharpe de brume - c'est plus discret - ; il n'est pas dans sa poche, vous pouvez m'en croire. Par contre, il cherche ses lèvres, et son cerveau, lesquels planent ailleurs. C'est du reste la raison pour laquelle il est si peu de fantômes. Ils ont du mal à se rassembler, à reprendre leurs esprits, ils sont tout éparpillés, dépareillés, déparés, ils se cherchent. Une fois qu'ils sont de nouveau maîtres d'eux mêmes, recollés, ressoudés - mais cela prend du temps - ils se trouvent une bonne petite synchronie dans un château en Ecosse, une villa des mystères, une demeure dans la lande, le cerveau d'un scribe, et ils refont leur mort.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 8 août 2013

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Published by PATRICE HOUZEAU - dans FANTAISIES
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