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8 juin 2013 6 08 /06 /juin /2013 08:49

AVEC UN CLAQUEMENT SEC
En feuilletant Malpertuis, de Jean Ray, J'ai Lu n°1677.

 

1.
"Elle partit sans plus tourner la tête"
(Jean Ray, Malpertuis, p.93)

 

Il y a parmi les jeunes femmes de par là-bas une compagnie d'étourdissantes tourneuses de têtes. Comme on ne pouvait les empêcher d'agir dans l'ombre, on a fini par ritualiser leurs pratiques. Ce n'est donc plus que le dimanche matin que l'on repêche les corps de jeunes hommes tout à fait décapités. Je ne crois pas qu'elles les mangent, non... Je pense qu'elles les dessèchent, les racornissent, les rapetissent et les collectionnent dans des lieux connus d'elles seules. Le reste de la semaine, on est tranquille : que des morts violentes ordinaires.

 

2.
"Sous l'emprise de quelle mystérieuse volonté vivons-nous" ? (p.92)

se demandait le petit Toto en attrapant le bocal de confiture.

 

3.
Ce que les gens aiment dans la littérature, ce n'est pas la littérature, c'est la psychologie. Cela ne leur suffit pas que Toto aimât Titine parce qu'il a un gros zizi et qu'elle est disponible, il leur faut des tourments, des doutes et des complexes, du conte de fées quoi, de l'initiant.

 

4.
Parfois, j'envoie mes mains frapper de lointains imbéciles. Ils disent alors qu'il y a beaucoup de vent, et s'en plaignent dans les bistrots. Il n'y a plus d'saison.

 

5.
"L'image recule comme les castels de Morgane" (p.37)

 

Certes, il faut faire attention où l'on met ses pieds. Mais il ne faut surtout pas fixer trop longtemps le réel. Il finit par se gondoler, se fissurer, puis il recule. Ne tentez pas de le suivre, il vous ménerait en terre étrangère, il s'ouvrirait en deux et l'immense main du hasard malencontreux vous saisirait alors, et vous empocherait dans la longue redingote du bonhomme Néant qui court les routes à la recherche de nouveaux étourdis.

 

6.
C'était un philosophe. Il avait fini par ne plus croire en ce qu'il racontait.

 

7.
La philosophie est le conte de fée de la réalité comme l'amour est le conte de fée de la solitude.

 

8.
"Un sourire de détente glissa sur son visage" (p.148)

 

Avec mon doigt, j'aime à faire glisser les sourires sur les visages. Parfois, je fais tourner les lèvres sur elles-mêmes; elles s'enroulent en petites toupies, en petits poulpes pris dans la lame et soudain décollent pour aller s'écraser dans les rosiers, où elles ne tardent pas à disparaître.

 

9.
"Sa bouche se ferma avec un claquement sec" (p.137)

 

Le réel est muni d'un nombre infini de bouches par lesquelles il exprime son infinie complexité. Sans cesse, de nouvelles bouches s'ouvrent ; sans cesse, de nouvelles langues s'agitent entre des lèvres nouvelles. Sur toute sa surface, dans tous les plis et les replis de son insaisissable géométrie, il n'est plus qu'une immense énigme buccale. A côté de lui, le Sphinx est un simple d'esprit. Le voilà qu'il débite jour et nuit ses mystères, et qu'il crache ses noyaux, lesquels se mettent aussitôt à courir dans tous les sens en se posant des questions, en cherchant d'autres bouches, pour leur communiquer leur immense inquiétude.

 

10.
Cela fait longtemps maintenant que l'on a retiré du commerce les sabliers à fantômes. C'est vrai que leur façon de passer le temps pouvait fasciner l'étourdi qui se laissait aller à contempler un peu trop longtemps ces mouvements parallèles et contraires du sable s'écoulant vers le haut,  cependant que le bas du sablier se remplissait, se remplissait, se remplissait jusqu'à ce que le sable disparût.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 8 juin 2013

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