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14 juin 2013 5 14 /06 /juin /2013 22:04

BOCAL DE FRETILLANTS PEUT-ÊTRES
cf Federico Garcia Lorca, Poésies III, traduit par Belamich, Darmangeat, Couffon, Sesé, Poésie/Gallimard n°30.

 

1.
"Mon coeur aurait la forme d'un soulier
si chaque village avait une sirène."
(Garcia Lorca, Lune et panorama des insectes)

 

Je ne sais pas si le fait d'avoir un coeur en forme de soulier permettrait de marcher plus vite, de courir plus vite, d'aller plus vite, vers l'écaille de la sirène de chaque village, celle qui chante en secret des vers qui tous commencent par peut-être.

 

2.
"Sang qui regarde lentement du coin de l'oeil"
(Garcia Lorca, Le Roi de Harlem)

 

Le sang a des yeux. C'est ainsi que je m'explique les regards intérieurs et toutes les profondeurs de l'intériorité. Le sang a des yeux qui tournent et retournent sur eux-mêmes, grappes d'une vigne pour laquelle le monde, de tout côté, miroite.

 

3.
Le temps, une montre au poignet d'un mort.

 

4.
Le temps aussi a son temps, des sabliers de chair dans lesquels circule le sang, un nombre croissant de sabliers de chair.

 

5.
"un nouvel enfant agite les tendres rameaux de ses veines"
(Garcia Lorca, Noël sur l'Hudson)

 

Ou encore : Les tendres rameaux de ses veines agitent un nouvel enfant. Agité, le tout frais marmot, le sorti du ventre, le tendres rameaux de ses veines, çui qui sera porteur de fusils, tortureur d'âmes, bouilleur de cru, barbu auto-explosif, politique, polyglotte, polyvalent, polymorphe, polycopié, poly-trop-pour être honnête... Vous me direz pessimiste... rabat-joie, crache-baptême... sans doute, sans doute...

 

6.
"Il n'y a qu'un million de forgerons
qui préparent des chaînes pour les enfants à venir."
(Garcia Lorca, Cri vers Rome)

 

Qui, eux-mêmes des chaînes... les enfants qui leur viendront... ainsi qu'elles s'enchaînent les générations, s'enchaînent les unes aux autres... faut être bien naïf pour croire que cela puisse un jour... Alors à quoi qu'ça servirait ces millions de forgerons ? Quel sens leur vie ? Comment  la légitimer alors, l'existence... la forge ?

 

7.
"Je t'aime, t'aime, t'aime,
avec le fauteuil et le livre mort,
dans le couloir mélancolique"
(Garcia lorca, Petite valse viennoise)

 

Aimer, c'est rendre indispensable. Ce qui est périlleux. Aussi périlleux que la gorge d'un fauteuil ; aussi périlleux que le fantôme d'un livre que vous n'ouvrez que pour y trouver une suite de pages blanches ; aussi périlleux que la mélancolie des couloirs dans lesquels vous finissez par vous perdre, croisant, au hasard des escaliers, déménageurs de fauteuils et porteurs de livres morts.

 

8.
"Les statues souffrent par les yeux avec l'obscurité des cercueils"
(Garcia Lorca, Petite fille noyée dans le puits)

 

Statues... d'la pierre... marbre métaphore... elles souffrent ?... point que de pierre alors... conscience de... j'y crois pas... ou alors ce qu'on dit métaphore, tout... statues, miroirs, tapis, tigres, roses, échiquier, tralala poétique... on pisse de la fioriture... par la bouche qu'on pisse... Ils souffrent, les grands martelés ? Pourquoi pas une gigue donc ? Danse des grands immobiles ? Menuet des pieds d'plomb ? Tango des chaussures à clous ?... Zont des yeux... miretés les plâtres... yeux sans yeux... l'obscur... Zont des yeux quand même... Dans l'obscur zont des yeux... des yeux pour voir l'obscur... le détail de l'obscur... les écailles de l'obscur... les cercueils qui glissent dans les sous-sols... voués à l'obscur... gueules d'obscur déjà... de l'obscur plein le bocal à frétillants peut-êtres... aveugles poissons avale-couleuvres passe-boue on y patauge... la bouillabaisse à cadavres.

 

9.
Ce n'est pas dans mon verre que je te reverrai... pas non plus au bout du comptoir... ni au bout de la rue... o mon dieu...

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 14 juin 2013

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