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5 décembre 2013 4 05 /12 /décembre /2013 11:14

BREFS SUR UNE UTOPIE EROTIQUE

 

1.
"Du temps que la Nature en sa verve puissante
Concevait chaque jour des enfants monstrueux,"
(Baudelaire, La Géante)

 

Y a des lunes et des lunes et des lunes, la Nature, elle faisait dans le monstre, le mégasaurien, le diplodocus, et puis, elle s'est perfectionnée, elle a miniaturisé.

 

2.
"J'eusse aimé vivre auprès d'une jeune géante,
Comme aux pieds d'une reine un chat voluptueux."
(Baudelaire, La Géante)

 

Quidam fantasme sur une "jeune géante" des temps légendaires; ce qui ne se trouve pas au coin d'la rue là-bas, la fille de joie.

 

3.
Baudelaire, La Géante. "jeune géante", comme cette harmonie post-alvéolaire est agréable à prononcer. De même, cette "reine"  qui allonge sa syllabe au centre du vers, préparant le détachement délicat des quatre syllabes de l'épithète "voluptueux" (cf "Comme aux pieds d'une reine un chat voluptueux").

 

4.
Baudelaire, La Géante. La suite "jeune géante", "reine", "chat voluptueux", voilà qui vous flanque une de ces ambiances d'Egypte à légendes, d'Egypte pharaonne fantasmée.

 

5.
"J'eusse aimé voir son corps fleurir avec son âme
Et grandir librement dans ses terribles jeux;"
(Baudelaire, La Géante)

 

Du "corps qui fleurit avec son âme"... On imagine la plante carnivore, fatale, vénéneuse comme une vamp des films d'Hollywood. Quant à ses "terribles jeux", on la voit bien, la "jeune géante" s'boulottant pour son quatre heures veau, vache, cochon, couvée, puis jouant à la tempête et aux petits bateaux rien qu'en prenant un bain de pieds dans la mer.

 

6.
Cela fait longtemps que je n'ai pas entendu le mot "vamp". Les mots passent; les choses restent, plus tout à fait les mêmes, comme si elles avaient changé d'ombre.

 

7.
"Deviner si son coeur couve une sombre flamme
Aux humides brouillards qui nagent dans ses yeux;"
(Baudelaire, La Géante)

 

Le coeur, parfois, couve longtemps une flamme qui ne demande qu'à surgir, phénix à la vue de l'unique visage.

 

8.
Sa "jeune géante", à Baudelaire, c'est carrément des brouillards qui lui mélancolisent les mirettes, que je suppose que ses verres de lunette, ils sont faits avec des phares, de ces puissants faisceaux qui indiquent la côte aux navires glissant sur les gouffres amers.

 

9.
"Parcourir à loisir ses magnifiques formes;"
(Baudelaire, La Géante)

 

Il en rit du "i", quidam; il en jouit.

 

10.
"Ramper sur le versant de ses genoux énormes,
(Baudelaire, La Géante)

 

"A l'assaut !" s'dit le vermisseau, "à l'assaut de la jeune géante !".

 

11.
"Et parfois en été, quand les soleils malsains,"
(Baudelaire, La Géante)

 

Ceusses-là qui vous flanquent des sales mouches partout, et d'la moiteur plein les d'ssous d'bras.

 

12.
"Et parfois en été, quand les soleils malsains,

 

Lasse, la font s'étendre à travers la campagne,"
(Baudelaire, La Géante)

 

La tête sur un oreiller de collines, les pieds dans l'azur, une couverture de nuages...

 

13.
"Dormir nonchalamment à l'ombre de ses seins,
Comme un hameau paisible au pied d'une montagne."
(Baudelaire, La Géante)

 

C'est qu'il prétend s'y installer, le bougre, sur sa "jeune géante". C'est que, cette histoire, ça en devient géographie, utopie érotique.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 5 décembre 2013

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Published by PATRICE HOUZEAU - dans BAUDELAIRE
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