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12 octobre 2013 6 12 /10 /octobre /2013 22:15

BRUIRE UNE RIVIERE

 

1.
"Je descendis à mon tour dans la cour, les tempes battantes, le coeur désordonné, les reins rompus."
(Gaston Leroux, Le Parfum de la Dame en noir, Le Livre de Poche policier n°587, p.245)

 

Je suis assez sot assez lent je
Descendis donc sottement et lentement
A la cave au cadavre
Mon Dieu, pourquoi avoir mis ce cadavre-là ? C'est que la
Tour est bien pleine de fantômes évidemment
Dans les tours y a toujours fantômes et courants d'air
La morte n'était point morte elle courait dans la
Cour en criant que je l'avais tuée
Les yeux des fantômes se penchèrent leurs
Tempes battaient et ils se mirent à vibrer
Battantes les portes alors dans tous les couloirs
Le temps que j'avais mis pour descendre son
Coeur s'était mis à rebattre elle était ressuscitée
Désordonné il est mon récit j'en conviens
Les mots circulent en tous sens les
Reins que faire avec ce mot rien c'est à bâtons
Rompus que j'écris.

 

2.
"Y a-t-il une "pensée" ?"
(Pascal Quignard, Les Paradisiaques, Grasset, p.101)

 

Y a-t-il quoi ? Y
A-t-il matière à ? Y a-
T-il quelque chose qui que quoi dont où ?
Une araignée qui vous arpente le plafond, une
Pensée qui ne soit pas autre chose qu'ombre passant ?

 

3.
"Tandis qu'ils admirent le château merveilleux"
(Chrétien de Troyes traduit par Jean-Pierre Foucher et André Ortais, Perceval ou le Roman du Graal, folio n°537, p.225)

 

Tandis qu'il se passe je ne sais quoi ailleurs
Qu'ils passent-murailles comme au conte eux
Admirent - ils en ont les yeux écarquillés -
Le très beau très haut très noble
Château merveilleux j'aime bien château
Merveilleux comme expression ça me fait penser à gâteau
    merveilleux il y a d'ailleurs un gâteau que l'on appelle
    merveilleux mais lui ne fait pas penser à un château
    merveilleux.

 

4.
"muets, penchant les uns vers les autres nos vitres noires"
(Gaston Leroux, Le Parfum de la Dame en noir, p.197)

 

Muets sommes-nous car si bavards
Penchant les uns vers les autres penchant
Les ossatures vers d'autres gouffres les
Uns oscillant
Vers des bords tout proches vers
Les lointains les
Autres louchant
Nos yeux de petits sphinx y brillent parfois
Vitres nos yeux vitres vitres
Noires entre nous que le vent casse.

 

5.
"Walther a écrit Ich horte ein Wasser diezen.
Walther le Poète a écrit :
J'entendais bruire une rivière."
(Pascal Quignard, Les Paradisiaques, Grasset, p.221)

 

Walther - qui est donc ce Walther ?
A écrit donc ce Walther dont je ne sais rien
Ecrit Ich horte ein Wasser diezen.
Walther que cite Quignard dans ses Paradisiaques
Le Poète il l'appelle Quignard ce Walther
Poète, rêveur de royautés,
A vécu je ne sais quand ni où et m'en tamponne
Ecrit il a Walther qui n'est plus que vent mêlé de cendres
J'entendais maintenant je n'entends plus
Bruire la pluie dans les feuilles
Une oreille m'est tombée l'autre a suivi et la
Rivière a emporté le reste.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 12 octobre 2013

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Published by PATRICE HOUZEAU - dans CONTREVERS
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