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10 août 2013 6 10 /08 /août /2013 03:51

CHAQUE JOUR QUE DIEU FAIT

 

"Le venin du serpent est son fidèle compagnon,
Fidèle et il l'estime à sa juste valeur."
(Henri Michaux, Contre ! in "La nuit remue")

 

1.
De nos qualités, de nos défauts, de notre être au monde en ce qu'il est notre "fidèle compagnon". Ces qualités, ces défauts, cet être au monde sont-ils nous tout entier ? Est-ce notre existence qui établit notre essence ? Les propriétés d'un objet constituent-ils l'essence d'un objet ? Si je fais abstraction de toutes les propriétés de x, x s'annihile-t-il ? Autrement dit, le réel est-il essentiellement une somme d'agirs et donc une somme d'interprétations de l'agir ? A cette vision utilitariste, pragmatique du réel, le religieux répond par l'existence d'une âme, qui prendrait la place de ce zéro, de ce néant qui résulte de la soustraction de toutes les propriétés d'un objet. Que signifie l'affirmation de cette âme, sinon qu'il existerait un état de non-néant de la matière, une pureté radicale de l'être en dehors de toute propriété, une feuille de papier blanc sans papier et sur laquelle s'écrirait le livre de nos heures, un état paradoxal de l'être qui ne peut exister et qui pourtant est signifié par le il y a quelque chose et ce n'est pas rien, que nous expérimentons chaque jour que dieu fait.

 

2.
Un oeil passe je tente de l'attraper c'est mon
Etat je suis trompe l'oeil je m'approfondis
De l'oeil qui passe je me trace des perspectives
Non pas que je sois spécialement piège le
Néant n'est pas mon couteau je fais
De vous ce que votre oeil perçoit
La lumière est ma souple complice qui court la
Matière comme danseuse sur un fil.

 

3.
Le corps, cette parenthèse dans l'espace, que l'espace ne cesse d'assiéger, jusqu'à ce que, finalement, il y pénètre et réduise la forteresse en cendres.

 

4.
Le big bang : le craquement d'une allumette, dont la flamme monte et se répand, consumant l'être et qui n'est que par cet être.

 

5.
Le réel, une machine à produire du regard, une pondeuse d'yeux. La langue française le dit bien qui "couve du regard".

 

6.
Le réel promulgue sans cesse de nouvelles lois qui n'existent que dans leur application. C'est un coup d'état permanent fomenté par des dieux qui n'existent pas, et qui, cependant, se jouent de nous.

 

7.
L'autre, une manière de passer l'être.

 

8.
Il se jeta l'être par la fenêtre. Hélas, son corps vint avec.

 

Note : On attribuera, c'est entendu, les brefs 7 et 8 au cynisme que l'on reconnaît chez moi comme le nez au milieu d'un visage défait.

 

9.
Dans les romans à énigmes, ceux d'Agatha Christie en particulier, les meurtriers apparaissent comme des virtuoses dans l'art du n'être plus. Je dis bien, dans les romans et quelques rêveries surréalistes ; dans la vie réelle, les meurtriers sont des crapules, ni plus ni moins, ou des fous, ou des réduits à.

 

10.
Hercule Poirot élucide souvent dans des manoirs, de grandes maisons, de larges espaces. Sinon, certaines de ses enquêtes seraient intitulées "Le Mystère du placard à balais" ou "L'Enigme de la cage d'ascenseur". C'est cependant toujours au même endroit que le crime prend sa source : l'étroitesse d'une cervelle humaine, une poignée de syllabes et quelques connections neuronales, la réduction de l'être à quelques autres, la fascination morbide pour l'autre en n'être plus.

 

11.
L'humain combat son poison comme Saint Georges son dragon.

 

12.
La philosophie telle qu'on la voit : "Vous voyez bien que vous êtes intéressant puisque vous vous intéressez à moi." Quelle blague ! La philosophie, ne voyez-vous pas qu'elle vous tire la langue ?

 

13.
"Chaque jour que dieu fait" est un présent de vérité catastrophique.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 10 août 2013

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Published by PATRICE HOUZEAU - dans FANTAISIES SPECULATIVES
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