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9 juin 2013 7 09 /06 /juin /2013 08:02

COMME S'IL TOMBAIT DE L'OUBLI
En lisant le tome 22 des aventures de Jessica Blandy, Blue Harmonica, par Renaud et Dufaux, Editions Dupuis, collection "Repérages", 2003.

 

1.
Une grande ville vide, ciel bleu-gris, neige qui tombe, et l'homme à l'harmonica - il tombe bien puisque le titre du tome 22 des aventures de Jessica Blandy est justement "Harmonica Blue" - et puis quelqu'un arrive avec un nom.

 

2.
- Ils sont parmi nous, déjà parmi nous. - Qui ça ? - Les autres, nous autres...

 

3.
L'élégante silhouette de Jessica Blandy dans son grand manteau, dans la neige, dans la rue vide, dans la beauté de son jeune visage, dans l'ambiguité des rapports humains - Dommage... elle avait de bien jolies jambes. (page 6).

 

4.
J'aime bien que Jessica soit une personne connue... et assez... controversée... (page 13). Jessica, elle dit aussi qu'il n'y a pas que la logique en ce monde... (page 34) La logique, c'est une affaire d'ingénieur... de technicien... au jour le jour, la logique, elle est un rien bousculée, la logique... fantasmes et symboles, le voilà très baroque notre quotidien... d'où l'atmosphère doucement fantastique des aventures de Jessica Blandy... Le bizarre dans les plis... On peut passer à côté... On passe à  côté... On se dit, tiens, c'est curieux, et puis on est pris par autre chose, par les apparences de la logique... par l'urgence... par l'ordre des priorités... par ce qu'on croit si rationnel.

 

5.
Il y a ce drôle de bonhomme, vêtu comme dans la vieille Amérique, celle des gravures, des westerns, Mister Chance qu'il s'appelle. La ville semble m'approuver. Mais je reste modeste. Je ne suis que l'intermédiaire... (page 24). Intermédiaires... Des fois, je me dis que nous sommes tous les intermédiaires, les médias d'une langue que nous croyons connaître et qui nous est radicalement étrangère. D'où cette façon qu'il a, le réel, de nous échapper, de s'esquiver, de nous navrer, de nous effrayer, de faire volte-face et de nous sauter à la gueule, remué golem par cette langue dont nous sous-estimons sans doute l'infinie puissance.

 

6.
Je ne doute pas que bien des phrases portent des messages secrets. Ils nous sont insaisissables. Nous ne pouvons que les mettre en scène, en rythme, en voix. L'art ainsi... surréaliste en diable... singulière façon de mettre en oeuvre des messages qui nous échappent et qui nous agitent

 

7.
Ce qu'il sait, c'est qu'elle a été aussi, Jessie, cette femme coincée dans un bordel... droguée... offerte au premier venu... (page 43) Comment le sait-il ? Comment sait-il ce que Jessica elle-même a oublié ? Et le Mexique ?... On a parlé du Mexique... (page 46). Blue Harmonica, c'est celui qui sait... D'ailleurs, lui aussi consulte des ordinateurs (cf page 41). Naguère, il aurait consulté des archives. L'humain est le seul animal qui se dote d'une technologie utile à la conservation de sa mémoire. Comme s'il avait peur de tomber dans son propre oubli.

 

8.
Tout au long de l'album quasi, la neige... comme l'éparpillement d'un ange de l'oubli.

 

9.
Ils ne deviennent personne (page 19). Ceux que l'on oublie, c'est comme s'ils devenaient personne... Page 16, faces cornues, bleuâtres peintes sur un mur, tatouages, tête d'aigle, serpent à tête de mort, diable tirant la langue, Mexique...

 

10.
La multiplication des symboles ne peut, en aucun cas, constituer un être, puisque, justement, l'être est ce qui reste une fois qu'il est entiérement dénoté, dépouillé de ses oripeaux symboliques. Et c'est là que l'on s'aperçoit qu'il ne reste pas grand chose, vraiment pas grand chose : l'entrée murée d'une ancienne bouche de métro.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 9 juin 2013

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Published by PATRICE HOUZEAU - dans NOTES SUR LA BANDE DESSINEE
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