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28 juillet 2013 7 28 /07 /juillet /2013 01:41

COMME UN CHÂTEAU A SON FANTÔME

 

1.
Quand on hoche la tête, on ne le fait ni trop souvent ni trop longtemps : le pantin a ses limites.

 

2.
Il m'arrive souvent de ruminer le passé. En français, on dit "ruminer le passé" pour signifier qu'un peu trop souvent, on évoque certaines périodes sur lesquelles la mémoire revient comme un saphir dans les sillons d'un disque rayé. On devrait dire ruminer son passé tant cette rumination est subjective. Enfin bref (c'est d'ailleurs ce que je fais), il m'arrive un peu trop souvent de ruminer le passé. Je me fais  alors l'effet d'un général ruminant ses batailles perdues. Ce qui est puéril et montre assez que j'ai eu jusqu'ici assez de prudence pour ne pas avoir à ruminer des événements pénibles. C'est là l'avantage d'un solide égoïsme ancré dans ma manière d'être comme le vaisseau fantôme dans sa légende.

 

3.
Certains parmi nous pensent qu'ils passent leur existence à délimiter un territoire où vivre, un trou où persister, un lieu où être. La fiction - et singulièrement la fiction poétique (quel est l'âne qui a dit qu'en poésie il n'y avait pas de narrateur ?) - ne cesse de proposer des espaces virtuels où l'être se projette aisément : la demeure de Malpertuis, les résidences proustiennes, les manoirs énigmatiques d'Agatha Christie, les chambres jaunes et mystérieuses, les hôtels simenoniens, la ville de Joyce, les Flandres étranges de Claude Simon, mais c'est surtout le théâtre classique qui se montre virtuose dans l'art de proposer palais et lieux d'être. Pas étonnant dès lors que l'on hante théâtres et opéras. Il faut cependant bien ancrer sa viande quelque part où l'on peut ranger ses livres et tout son théâtre.

 

4.
Au fort de l'hiver on peut rêver des chevaliers de neige. Au fort de l'été, des princes de sable. Dirions-nous que fées et sorcières se partagent le printemps et l'automne ?

 

5.
Il sortit de la pièce comme il était entré  : sans bras, sans jambes, sans tête, sans torse ni ventre. Visiblement, le rôle de L'Homme invisible lui allait comme un gant.

 

6.
Je ne sais pas pourquoi, à chaque fois que j'entends la formule : "Cela lui va comme un gant", j'ajoute mentalement à la main d'un assassin.

 

7.
C'est surtout dans la poésie lyrique qu'il y a un narrateur. Ou alors c'est que la plupart des poètes romantiques étaient fous à lier, et si c'est le cas, il est scandaleux qu'on donne ça à lire aux enfants des écoles !

 

8.
Les véritables yeux des créatures [Michaux, Les Yeux]. Ce sont ceux que l'on ne voit jamais qu'à la dérobée ou dans les cas limites de l'expérience humaine. Sinon, nous portons des yeux de circonstance, des yeux de politesse, des yeux supportables.

 

9.
Non mais sans blague, des fois je me demande si l'horreur n'est pas une donnée objective de la conscience alors que l'humour, qui en est l'antidote, serait une donnée subjective (Wagner est horrible ; Offenbach est merveilleusement humoristique). Autrement dit, cependant que l'humour est une production civilisationnelle, l'horreur passe toute singularité linguistique.

 

10.
Les météorites : des pierres échappées d'une île flottante, là-haut, dans l'espace.

 

11.
Il m'arrive de penser (si ! si !) qu'à chaque fois que je ferme les yeux, le réel produit des efforts surhumains pour persister à être, et même qu'il se raccroche à moi comme un château à son fantôme.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 27 juillet 2013

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