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21 août 2013 3 21 /08 /août /2013 17:54

CONTRE ! EST UN NARRATEUR PAS GENTIL
Notes sur le poème "Contre !" de Henri Michaux (in Henri Michaux, La nuit remue, La bibliothèque Gallimard n°90, p.112-113).

 

1) Dans le poème "Contre !" avec quoi le narrateur affirme-t-il pouvoir construire une ville ?

 

Avec pas grand chose, ce qui n'est pas possible. Mais comme il y a des villes qu'on a bâties sur des bidons, des villes qu'on a creusées dans des roches, des villes aux maisons aux murs de papier, alors pourquoi pas une ville en lenteur de gemellance, en pesanteur de point pala, en absence de raison ?

 

2) Quel est le verbe employé pour signifier le cri de cette ville ?

 

Déjà, qu'une ville puisse crier, en soi, ça semble bizarre à dire, cependant qu'à chaque instant, dans chaque ville, des cris sont poussés, des cris de douleur, des cris de surprise, des cris de joie, des cris de plaisir, des premiers et des derniers cris, et je ne parle pas des cris dans les villes bombardées, suppliciées, martyrisées dans la Syrie de 2013, et ailleurs aussi, parce que, voyez-vous, le monde est très très très corrompu de partout, si, si. Ensuite, le verbe employé est le verbe "braire", et même "braire au nez", et "même braire au nez gelé".

 

3) Avec quoi le narrateur prétend-il "asseoir des forteresses écrasantes et superbes" ?

 

Avec ce qui s'échappe de sa cigarette (on supposera que le narrateur fume, ce qui n'est pas prouvé, mais on s'en fout) ; avec aussi ce qui se glisse dans les rues le matin, des fois, quand on voit plus rien, qu'on a l'impression que des voitures à chevaux vont surgir du nulle part, conduites par des cochers bourrus, et que l'on va croiser Sherlock Holmes, pipe, drôle de long manteau, oeil vif. J'ai bien l'impression aussi que le narrateur aime les percussions, comme moi, tiens, j'aime la batterie, moi, la batterie jazz qui vous fait de ces voix jaillies de fontaines batteries que ça vous rend tout joyeux, et, quand on est plutôt du genre brumeux, ça fait plaisir.

 

4) A quoi le narrateur s'en prend-il ?

 

A mon avis, aux gueules de cons, mais il ne le dit pas comme ça. Et puis pas qu'à. Si ça se trouve, à un peu tout le monde. C'est une posture. De toute façon, les gens, faut les tenir à distance. Les gens ne sont pas les gens, ce sont des cerveaux, des mâchoires perspicaces tenaces, des consciences aiguisées comme des couteaux, des menottes et des liens. Les gens, c'est du fatal en marche. Faut faire gaffe. A n'utiliser qu'avec parcimonie et précaution, les gens.

 

5) Pourquoi répète-t-il le mot "Glas" ?

 

Je sais pas. Mais ça fait de l'effet, ce glas, son qui sonne froid, non ?

 

6) Que croit-il, le narrateur ? Et Dieu dans tout ça ?

 

Je ne répondrai à cette question qu'en présence de l'avocat du diable.

 

7) Quel verbe emploie-t-il en le répétant et signifiant ainsi son opposition ?

 

Il "contre", le gars. C'est un scribe contreur, genre.

 

8) Que demande le narrateur à ses "frères damnés" ?

 

Il ne leur demande pas de partager son repas, parce qu'il ne pense pas qu'à la fin du poème il sera crucifié, et du reste, il ne le sera pas. Du coup, s'il ne peut multiplier les pains et changer l'eau en picrate, il aurait pu acheter de la choucroute et de la bière, ah le radin dis donc !

 

9) En quoi le narrateur se montre-t-il paradoxal ?

 

Il se croit nyctalope, le gus, puis génial Thésée, puis pur esprit, vengeur masqué, superhéros, Napoléon Scribe, général Vengeance... A mon avis, dès qu'il aura dessoûlé, il prendra plus la planète pour une "poulie" et nos "carcasses" pour du poulet. Y en a j'vous jure ! Alors qu'à la rentrée, on va avoir plein de jolis romans politiquement recyclés qui vont nous parler habilement des tourments du couple moderne, des rappels inéluctables du passé, de la beauté qu'il y a à aimer les autres, des turpitudes de l'Amérique profonde, du comme c'est dommage tous ces morts mais heureusement l'avenir est dans les nouvelles générations pourvu qu'on arrive à les faire voter socialiste pour que je puisse continuer à me la péter à l'université, enfin bref tout ce que je n'aime pas ou dont je me fous avec l'assentiment des grands héliotropes, qui est un truc que je pique à Rimbaud, que je sais pas ce que ça veut dire, mais comme j'aime bien comme ça sonne, je ne vois pas pourquoi je me priverais.

 

10) Quelle est la date de la composition de ce poème ?

 

Le poème "Contre !" est daté de 1933, l'année où l'autre furieux va prendre le pouvoir en Allemagne. Il y a du furieux dans le poème de Michaux. Le narrateur est un furieux. Si.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 21 août 2013

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Published by PATRICE HOUZEAU - dans DE LA NUIT QUI REMUE
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