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2 novembre 2013 6 02 /11 /novembre /2013 08:57

CROQUIS D'OUTRECUIDE

 

1.
Je passai la matinée à la pêche aux arêtes de sable. Ensuite, je suis rentré pour midi et j'ai mis les arêtes à frire afin que les chairs se reconstituent. Les poissons vous le confirmeront.

 

2.
Quand on est fruitier, on passe une partie de l'année à s'inquiéter des intempéries. On met des imperméables, on porte des parapluies. Le plus gênant, c'est quand quelqu'un vient se pendre à votre branche.

 

3.
Quand vous passez le miroir, parfois vous avez affaire à la douane volante. Ils sont deux, et vous ressemblent comme deux sardines en boîte, sauf qu'ils ont encore leur tête. Vous aussi d'ailleurs, je disais ça pour les sardines.

 

4.
Aiguiseur de baisers, ça c'est un beau métier, un métier à bouche que veux-tu.

 

5.
En général, les géants pétrissent des planètes rondes. Mais, des fois, pour changer, ils en font des biscornues, des asymétriques, des chevelues à tête de triangle. Ils les lancent très loin, ce qui fait qu'on ne les voit jamais.

 

6.
Il fait un temps de fakir ; il pleut des clous.

 

7.
Il dégaina sa rengaine ; l'autre sa ritournelle. Le duel fut bruyant, électrique, rythmique et accordéoné. Le vainqueur l'emporta en esquivant d'une syncope et ripostant par un coup de gong aussi inattendu qu'incongru ; c'est que c'est rare, le gong, dans la valse musette.

 

8.
Il faut faire attention au taureau des pluies : il vous déchire le parapluie et emporte votre bras aussi facilement qu'une banane attrape un singe.

 

9.
A la Toussaint, on place un électrophone dans la pièce principale. On sort le temps d'une chanson, et il arrive qu'en rentrant, on se trouve nez à nez avec un fantôme amateur de ritournelles, ou à un voleur d'électrophones, à moins que ce ne soit un collectionneur de disques. Si c'est un fantôme, il faut le pièger en mettant, tant qu'il l'écoute, la chanson en boucle. On appelle cela "synchroniser le spectre". Si c'est un voleur d'électrophones, la loi prévoit qu'on lui coupe les oreilles. Quant au collectionneur de disques, il faudra négocier, mais il arrive que vous fassiez une bonne affaire.

 

10.
Dans les châteaux, c'est aux suaires qu'ils laissent traîner dans les couloirs qu'on reconnaît les fantômes amateurs. Ces suaires errants, on les attrape avec un filet à suaires. C'est assez facile, ils ne savent où aller ; par contre, ils sont tout froissés. Quant aux esprits étourdis, ils doivent se faire appeler Arthur de l'autre côté des murs.

 

11.
L'ennui avec le chevalier sans tête, c'est qu'il n'a pas de conversation.

 

12.
Comme il avait bouffé le sapin, il clignotait.

 

13.
Il arrive que de la fumée s'échappe des oeufs. C'est alors qu'ils calculent. Il faut donc attendre qu'ils aient fini avant de les mettre sur le comptoir. Il arrive aussi qu'ils tombent sur zéro et qu'ils s'évanouissent exactement comme l'ombre que la lumière surprend. On dit alors que le Gobeur Invisible est passé.

 

14.
Quand ils ont mal aux pieds, on est parfois obligé de leur couper quelques racines. Même que, des fois, on déterre un cadavre, ou un trésor, ou un os de poulet. Si on déterre la tête du chevalier sans tête, il viendra vous la chercher au galop. Il faut la lui rendre illico. Il est très susceptible. On dit qu'il n'aime guère qu'on se paie sa tête.

 

15.
Quand la nuit n'est pas faite pour, il n'y a rien à faire, il faut passer à autre chose, un autre jour, quelque part, quelqu'un. Sinon, gare aux noirs échos de la nuit blanche.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 2 novembre 2013.

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