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2 juin 2013 7 02 /06 /juin /2013 00:29

DANS L'ETERNELLE FARINE

 

1.
Des yeux pleins de lumières... ça permettrait-y d'y voir dans la nuit la plus noire ?... celle de l'Angoisse... vu que de Baudelaire on cause, forcément alors, la question de l'angoisse... celle-là de despotique qui plante son drapeau... noir le drapeau, le voit-on dans la nuit ? C'est pour ça, sans doute, ces Yeux pleins de lumières...

  

2.
D'éternels escaliers sans rampe... pour le grimper, son rocher d'éternité... et puis sans rampe... pour qu'on tombe bien... puis qu'on n'a plus qu'à recommencer...

  

3.
Surtout qu'ils grouillent de monstres visqueux... yeux de phosphore... vous v'là lapin fasciné... ne rendent visibles qu'eux... bientôt dépiauté, le fasciné... peau d'lapin, le destin... on finit au cou des dieux, écharpe de sang pour d'autres batailles... Ce genre de trucs, Lovecraft, vous savez, le scribe aux glauques, il les savait aussi... C'est-y pas qu'ils chercheraient à nous avertir, Lovecraft, Baudelaire, Allan Poe and Co ?

  

4.
L'humanité fermente des orages... c'est Baudelaire qui le dit, que les faubourgs, surtout les vieux, ceux qui ont de la bouteille, c'est tout labyrinthe fangeux / Où l'humanité grouille en ferments orageux... Les villes, cités, capitales, vieilles villes, centres et places jusqu'à la petite horreur des banlieues... Me dites pas qu'il ne s'y passe rien, je vous rirais au nez... tout ça plein de foudre qu'c'est... en attente... patiente foudre... mais sûre et certaine comme un réglement de comptes...

  

5.
Mois après mois, l'augmentation du nombre de chômeurs accélère la course de la flamme le long de la mèche.

  

6.
Du coup de couteau métaphore... çui-là qui rentre dans le coeur du narrateur... faut dire qu'il est plaintif déjà, son coeur... il a le palpitant émotif, le Charles... après, à force de coups de couteaux dans la boîte à je t'aime, moi non plus, il finit par se sentir un peu fontaine de sang... Il me semble parfois que mon sang coule à flots, / Ainsi qu'une fontaine aux rythmiques sanglots... Il écrit ça, Charles, on peut pas plus se percer... se transpercer... si j'avais pas lu qu'il était hétéro pur jus, je dirais qu'il y a du Saint Sébastien dans c'bonhomme narrattant là... Il a évité l'image du beau gosse tout flèché, n'y a même pas pensé, si ça se trouve... S'est jamais senti saint persécuté, plutôt diable pauvre que pauvre diable... Diable tout de même, à litaner Satan... à se faire vampire... à se vampiriser...

 

"Je suis de mon coeur le vampire,
- Un de ces grands abandonnés
Au rire éternel condamnés,
Et qui ne peuvent plus sourire !"
(Charles Baudelaire, L'Héautontimorouménos)

7.
Avait un peu le goût gothique, Charles... à apprécier les dessins macabres... les crobards à camarde... les pochades d'yeux révulsés dont s'échappe / Un regard vague et blanc comme le crépuscule... Je me demande s'il aurait pas, le Baudelaire, de nos jours, fondé un groupe rock à cave et symboles zarbis... avec ses cheveux verts et la précision de ses évocations, il aurait fait un malheur, Baudelaire... Une sorte de Robert Smith, vous savez, çui des Cure (en frangliche prononcez Qioure)... le génie en plus... quoiqu'en fait, j'en sais rien... ça fait longtemps qu'j'les ai pas ouïs, les Qioure...

8.
Des fois, les humains, les si savants humains, i regrettent de l'avoir promu au haut de l'échelle, le petit Jésus :

"Jésus, petit Jésus ! je t'ai poussé bien haut !
Mais, si j'avais voulu t'attaquer au défaut
De l'armure, ta honte égalerait ta gloire,
Et tu ne serais plus qu'un foetus dérisoire !"
(Baudelaire, Châtiment de l'orgueil)

Le Charles, il imagine qu'alors, l'ainsi discoureur illico qu'il paume sa comprenette, devient très cinglé, cinoque, crêpé, que les mômes alors en plein se foutent de lui, lui lancent des pierres si ça se trouve... Outre que le voilà tout faible, et donc très pauvre créature de Dieu, le docteur des plus grands s'était cézig déjà condamné lui-même, car quelle idée d'aller inventer des transcendances à ce monde de fureur et de bruit ? Y a de quoi, à y réfléchir, finir crêpe et chèvre... Vous me direz que nos sociétés industriellement avancées sont pleines de fabuleux philosophes qui vous composent de ces traités de transcendance qu'on sait plus où les mettre, mais c'est surtout parce qu'il faut bien publier quelque chose si l'on veut être reconnu par les autres professionnels de la profession et récolter les honneurs, les postes, les sourires des donzelles, et la poignée chaleureuse de l'Inspecteur, du Recteur, et qui sait du Ministre peut-être... Qu'elle soit un peu moins industriellement avancée, la société, et vous verrez qu'on y grimpera moins souvent au rideau de la transcendance... surtout qu'il y a déjà des idoles à trompe qui se pointent, zen, détachées de tout, bien finement fignolées pour le rouler, l'amateur de transcendances, dans l'éternelle farine de l'éternel gogo.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 2 juin 2013

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Published by PATRICE HOUZEAU - dans BAUDELAIRE
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