1. "La vie tout entière serait possible sans qu'elle se vît en quelque sorte dans une glace" (Nietzsche, Le Gai Savoir, traduction d'Henri Albert, revue par Marc Sautet, Le Livre de Poche n°4620, collection "les Classiques de la Philosophie", par.354, p.365) Du reste, vivre en se regardant vivre amène l'esprit à se défier du corps. Je ne sais plus quel imbécile à diplômes - je ne sais plus qui c'est, mais je me souviens que son livre était
cité en bonne place dans une bibliographie universitaire ; c'est d'ailleurs pour ça que je l'ai lu - quel imbécile donc louait le chien pour sa capacité à être tout entier dans sa joie de vivre
et, en conséquence, nous invitait à prendre exemple sur la bête. Certes, je conçois que cela doit être agréable, mais ce n'est pas comme cela que l'on bâtit quelque chose ; c'est au contraire
parce que nous travaillons en mettant notre conscience aux aguets que nous progressons. Une conscience aigue, inquiète, nerveuse, ne facilite certes pas la tâche, mais c'est ce type de conscience
qui fait réellement avancer les choses au lieu que les consciences qui se satisfont de leur bonne image finissent par se confondre avec une méthode.
2. En ce début de nouveau quinquennat présidentiel, certains, à l'instar de Nadine Morano, colportent l'image d'un Nicolas Sarkozy qui serait tout entier dans sa sincérité ; d'où ses
maladresses, certes, mais si sincérement commises. Il faut ici comprendre que ce portrait du président Sarkozy en sincère maladroit est aussi l'esquisse d'un François Hollande en
dissimulateur habile. Qui vivra verra.
3. "tout ce qu'ils font de bien, de solide, de grand, commence par être un argument contre le sceptique qui gît en eux" (Nietzsche, op. cit., par.284, p.287) C'est le défiant de soi-même qu'il est nécessaire de faire taire quand on entreprend quelque chose. Certes, il ne faut pas l'annihiler. L'esprit critique est d'abord critique de soi. Mais
il ne faut pas qu'il la ramène de trop, son ironie, son auto-dérision sinon nous voilà vite paralysé, tétanisé, bloqué. Et la vie passe.
4. "Nos pensées - Nos pensées sont les ombres de nos sentiments, - toujours plus obscures, plus vides, plus simples que ceux-ci." (Nietzsche, op. cit., par.179, p.256) Les pensées sont les ombres de nos sentiments en ce sens qu'elles les accompagnent toujours, comme des ombres, ou comme des chiens de garde qui veillent à ce que nous ne nous affolions
pas dans nos passions. Il arrive cependant assez souvent que nos sentiments fassent irruption dans nos pensées pour les fustiger d'avoir été si prudentes, si timorées, si impuissantes.
5. "La gracieuse bête humaine a l'air de perdre chaque fois sa bonne humeur quand elle se met à bien penser ; elle devient "sérieuse" !" (Nietzsche, op. cit. par. 327, p.321) C'est que l'on confond la joie pure de créer par la pensée et l'utilité qu'il y a à penser à ses affaires. La joie pure relève de l'innovation, de l'imagination cependant que le penser
utile relève d'une méthode à appliquer avec le plus grand sérieux. On notera que dans le domaine du sentiment amoureux, c'est la méthode qui doit prédominer, la stratégie, et non la joie pure. On doit être aimable et joyeux, mais avec sérieux. L'autre, à
moins d'être sot, n'a que faire des imaginatifs, des innovateurs par la pensée. Il lui faut du concret, du sonnant, du trébuchant, de l'admirablement bien fait.
Partager l'article !DE LA GRACIEUSE BÊTE HUMAINE:
DE LA GRACIEUSE BÊTE HUMAINE
1.
"La vie tout entière serait possible sans qu'elle se vît en quelq ...