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13 août 2013 2 13 /08 /août /2013 05:27

DRAGON
 

Sous le titre Dragon, Jihache Dulaurens m'a fait parvenir de son ailleurs mélancolique, intense, nerveux, ce poème en prose qui a des airs de conte.

 

Je te vois belle et resplendissante.
Triste et joyeuse à la fois.
Comme une reine inaccessible dans sa tour de nacre.
Entourée d'un mur de feu avec comme gardien les dragons de la folie (1).
Je me vois juste armé de mes mots, traçant dans le ciel des nuages en tempête qui étoufferaient de leurs larmes ce mur de feu.
Les dragons se jetteraient sur moi pour me déchiqueter.
D'un trait je me tracerais un bouclier et un hautbois (2). Et mon crayon se mettrait à grandir en forme de lance pour les occire un à un.
Seul le dernier, l'antédiluvien, ne passerait pas par son sang de vie à trépas.
Il s'agenouillerait devant moi et m'inviterait alors à monter sur son dos pour venir te cueillir (3).

 

Et là, contre le sens de ce conte auquel je ne crois nullement, - un contrecontesens, ce conte donc - et là, je te sortirais de ta tour.
La queue du dragon feroit toboggan que - zou ! - on se poserait sur une plaine verte et brillante, couverte de mille fleurs toutes plus colorées les unes que les autres.
Là, selon des anciens rites, je m'ouvrirais le cœur, le tendrais au dragon qui d'un seul coup l'avalerait. Glop ferait le dragon. Ou gloup, je ne sais pas (4).
Le temps se mettrait à tourbillonner, tourbillonner, billonner, yonner, yonner (5) et tu retournerais à l'âge de ta naissance (6).

 

Tu ressortirais du ventre de ta mère en ayant oublié.
Tu aurais juste un grain de beauté au sein gauche.
Brûlure de cet ancien dragon et de mon vieux cœur.
Sorte de talisman à fleur de peau qui te protégerait toute ta vie, celle qui te ménera de long en large de ce monde, du début à la fin des temps, lesquels reviennent tout le temps, les insatiables, comme s'ils ne l'avaient jamais, leur compte d'humain.

 

NOTES :

 

(1) On les reconnaît à l'entonnoir qu'ils trimbalent sur leur tête.
(2) J'aime le son du hautbois ; celui du basson aussi.
(3) Pensez bien que quand on en est arrivé au niveau où je, on jacte le dragon aussi bien que le jaguar et le tamanoir, et qu'on pourrait même jabberwocker avec Lewis Carroll himself.
(4) La querelle entre glopistes et gloupistes est bien connue, je pense. Quant à mon coeur, il est essentiellement conditionnel. Aussi j'en fais ce que je veux ; ça ne m'empêche pas de dormir.
(5) Etant de la génération Pink Floyd et de ah quel génie Hendrix tout de même, j'avoue un goût pour l'écho, que vous pouvez désavouer, que de toute façon je men fous.
(6) C'est quand même un peu dégoûtant. Et il faudra la changer, et puis tout le toutim-ouinouin ensuite, popo, pipi, caca, tu parles d'un conte de fées...

 

Dulaurens Jihache / Patrice Houzeau
Ailleurs, chaispasquand
Hondeghem, le 13 août 2013

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Published by PATRICE HOUZEAU - dans FANTAISIES
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