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19 novembre 2013 2 19 /11 /novembre /2013 00:57

ET LE RESTE AVEC

 

1.
"J'ai longtemps habité sous de vastes portiques"
(Baudelaire, La Vie antérieure)

 

D'où, des aériennes galeries, les dieux me jetaient des anges.

 

2.
"Et le ciel regardait la carcasse superbe"
(Baudelaire, Une Charogne)

 

D'un côté, le haut oeil, bleu de dieu, et de l'autre, la superbe étrangeté et son cortège de carcasses.

 

3.
"Pour bâtir dans la nuit mes féeriques palais"
(Baudelaire, Paysage)

 

Le féerique trace dans l'air ses arabesques de palais, ses esquisses merveilleuses, puis on s'endort.

 

4
"Voilà le souvenir enivrant qui voltige"
(Baudelaire, Le Flacon)

 

La voltige virevolte ses v ivres du souvenir des syllabes sifflées au passage des petites vendeuses de magasin.

 

5.
"En rouvrant mes yeux plein de flamme"
(Baudelaire, Rêve parisien, II)

 

L'oeil parfois, ciel qui révélerait sa garde d'éclairs, montre sa flamme.

 

6.
"Une mer de brouillards baignait les édifices"
(Baudelaire, Le Crépuscule du matin)

 

L'édifice estompé, que brouille - je saisis soudainement le sens propre du mot brouillard, auquel je n'avais jamais fait attention, pas plus qu'à l'expression "feux de brouillard", qui, soudain, se met à briller d'une étrange flamme dans la nuit.

 

7.
"Je vois se dérouler des rivages heureux"
(Baudelaire, Parfum exotique)

 

Dont on entend surtout la claire rumeur.

 

8.
"Au bord d'un lac de sang, sous un grand tas de morts"
(Baudelaire, La Cloche fêlée)

 

Le rythme binaire - quelqu'un s'approche, et - au quatrième mot du second hémistiche, découvre le charnier.

 

9.
"Pauvre et triste miroir où le jadis resplendit"
(Baudelaire, Le Cygne)

 

C'est au miroir du jadis que l'on s'obscurcit, que l'on pâlit, que l'on se regrette l'autrefois.

 

10.
"Depuis l'éternité je parcours et j'habite"
(Baudelaire, Le Mauvais Moine)

 

Qui suis-je ? - Je suis l'âme humaine, à la flamme nombreuse.

 

11.
"Plonger dans vos beaux yeux comme dans un beau songe"
(Baudelaire, Semper eadem)

 

J'aime cet écho du songe et de la plongée.

 

12.
"Ils me disent, tes yeux clairs comme le cristal"
(Baudelaire, Sonnet d'automne)

 

Ils, tes globes à t'pas t'cogner tout l'temps,
Me disent des choses; elles me
Disent des j'sais pas quoi,
Tes mirettes mirifiques, ma mignonne, tes
Yeux, tes alambics à liqueur d'âme, tes yeux
Clairs comme une nuit de pleine lune,
Comme feu qui couve, comme
Le rébus d'un sphinx, clairs comme
Cristal qui songe, et moi, moi, j'pige nib, comme d'hab'.

 

13.
"Vers le ciel ironique et cruellement bleu"
(Baudelaire, Le Cygne)

 

Vers le bleu de l'oeuf qu'on zieute -
Le soleil y frit - vers le bleu, vers le
Ciel passant l'humaine mesure
Ironique comme le vieillir
Et cruellement, si cruellement bleu,
Cruellement bleu, bleu,
Bleu à se moquer de la mer glauque.

 

14.
"L'étoile dans l'azur, la lampe à la fenêtre"
(Baudelaire, Paysage)

 

L'étoile - ô crotte de bique d'or -
Dans la prairie sans clôture, dans
L'azur des patiences, ô bijou du loin
La nuit éveille le cyclope de la
Lampe près de moi qui m'adonne
A l'inutilité rythmique, à
La petite poésie, celle qu'on jette par la
Fenêtre des années qui se ferment.

 

15.
"Toi qui sais tout, grand roi des choses souterraines"
(Baudelaire, Les Litanies de Satan)

 

Toi, mon vieux satan, toi
Qui nous promènes yoyo, qui
Sais toutes nos langues, toutes nos bouches, qui sais
Tout et tarabustes, alambiques et biscornes,
Grand soutier de sous le sol, ô
Roi des Ombres et
Des Crépuscules, grand appariteur des
Choses malsaines, des manoeuvres
Souterraines, toi, mon vieux satan, et puis après ?

 

16.
La langueur qu'on a de la douceur d'un visage, c'est bien étrange, la peau n'étant que le masque de ce sac d'organes qui se débat avec sa chimère.

 

17.
"cette après-midi qui n'a jamais de fin"
(Baudelaire, Le Voyage)

 

Cette langueur qu'on a de cette
Après-midi songée, genre après-
Midi qui n'en finit pas de préluder son faune,
Qui n'en finit pas de suspendre son temps, qui
N'a pas d'autre sens que sa plénitude déliée,
Jamais nous n'y étalerons nos viandes;
De nous, il n'est déjà qu'ombre; la
Fin, c'est nous, et le reste avec.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 19 novembre 2013

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Published by PATRICE HOUZEAU - dans BAUDELAIRE
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