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29 octobre 2013 2 29 /10 /octobre /2013 00:27

ETUDE POUR PENSAIS TOUJOURS

 

"Pensais toujours du bord contempler les orages"
(Racine, Phèdre, II, 2, v.534 [Hippolyte à Aricie])

 

Pensais - quel miracle ! Il ne faut rien exagérer, mais si l'on considère que la sottise est l'art de parler et de faire sans réfléchir, je dois dire que je fus si sot souvent.
Pensais à ce que j'aurais pu être si - si quoi ? si je n'avais été si sot, évidemment !
Pensais au gars Déjà et à la miss Jadis
Pensais au roquefort et à la pluie
Pensais à vous non pas à vous à l'idée que je me fais de vous: Je fus fasciné naguère non pas par elle, que je connais si mal, mais par l'idée que je me faisais d'elle, et qui n'avait rien à voir avec ce qu'elle est réellement. C'est que nous nous fascinons pour le pour-soi que nous superposons à l'en-soi, de telle sorte que nous avons l'illusion que le réel correspond à nos voeux, et même leur répond. Le conquérant est celui qui force le réel à correspondre à ses voeux. Une fois le but atteint, pour ne pas être infirmé par le réel qui, une fois conquis, tente de l'asservir à son tour, ou de lui échapper, ou de l'accaparer, le conquérant repart en chasse, et, le temps passant, il finit par être vaincu par un réel en trompe-l'oeil, et s'il n'en meurt pas, il finit isolé, exilé, condamné. 
Pensais à rien, peut-être à moi alors...
Pensais à pourquoi donc que je

 

Toujours nous cherchons la fleur du miracle - j'aime bien l'expression "la fleur du miracle", ça fait genre opérette romantique, chanson niaise, avec du sirupeux partout, de la guimauve, du langoureux d'amour, ou alors fadaise pour chant chrétien
Toujours nous ne sommes que et que ce que
Toujours qu'on s'emberlificote de soi
Toujours qu'on bricole
Toujours qu'on bricole et qu'on se tape sur les doigts - c'est l'idée du marteau qui tape à côté et frappe les doigts; j'ai vu ça cent fois dans les noirs et blancs court-métrages des Amériques du début du XXème siècle. Comme ils étaient muets, les films, on n'entendait ni coup ni cri, tout passait par l'expression du visage et la souplesse du corps
Toujours qu'on n'est jamais ce qu'il faudrait
Toujours que j'cogitais... dès le matin, la tartine à la main, je m'agitais la cafetière à neurones et je tournais dans la cuisine en argumentant sur je ne sais plus bien quoi.

 

Je pensais toujours du temps où j'étais jeunot
Du reste à quoi diable pensais-je alors

 

Pensais quel miracle ! Pensais, mais pensez donc...
Toujours à pourquoi donc que je
Du reste à quoi diable pensais-je alors du
Bord de ma case où je louchais sur la voisine Ah
Contempler ce qui vous passe par les yeux
Les objets leur nombre et leur genre les
Orages les horloges et les belles étrangères.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 29 octobre 2013

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Published by PATRICE HOUZEAU - dans CONTREVERS
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