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16 décembre 2009 3 16 /12 /décembre /2009 10:15

IGNORER QUE L’ON EXISTE

« Ignorer que l’on existe » : C’est sans doute le propre des vivants de se divertir au point d’ignorer qu’ils existent en tant qu’être de raison. Les fantômes, au contraire de nous autres amusettes tragiques, ne peuvent plus être sans ignorer qu’ils existent encore. C’est là leur drame. Cf Cioran, Temps et anémie in Les Syllogismes de l’amertume : « … à mon niveau habituel, j’ignore que j’existe. »
Je tronque la citation afin de vous pousser, ô lecteur, ô vous sans qui il ne pourrait être rien qui fût écrit, à vous en procurer, du Cioran, disponible en Folio essais, et, à mon sens, bien plus essentiel que le dernier n’importe quoi présenté comme un chef d’œuvre par des critiques payés pour.
Une remarque encore : le lien établi par Cioran entre temps et anémie me semble intéressant. Je cite cela encore de ce maître du bref : « La pâleur nous montre jusqu’où le corps peur comprendre l’âme. » On pense aux héroïnes de Tchékhov, aux filles tragiques de Racine avec leurs noms en « i » : Iphigénie, Bérénice, Athalie, à Ophélie aussi. Le temps, anémie chronique, vampire qui nous suce l’âme jusqu’à l’os.

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 16 décembre 2009

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Published by PATRICE HOUZEAU - dans FANTAISIES SPECULATIVES
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