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29 août 2013 4 29 /08 /août /2013 02:40

L'HABITANT DU TOMBEAU
Notes sur le sonnet "Le mauvais moine", de Charles Baudelaire. Citations entre guillemets.

 

1.
"LE MAUVAIS MOINE

 

Les cloîtres anciens sur leurs grandes murailles
Etalaient en tableaux la sainte Vérité,
Dont l'effet, réchauffant les pieuses entrailles,
Tempérait la froideur de leur austérité."

 

a) Qu'est-ce que "les cloîtres anciens sur leurs grandes murailles étalaient" ?

 

"La sainte Vérité", comme quoi la vérité se voit comme le Christ sur la Croix.

 

b) Quel effet le narrateur attribue-t-il à cet étalage de la sainte Vérité ?

 

Cette monstration de la Vérité a pour effet de réchauffer les pieuses entrailles. Ce n'est donc pas la Vérité en elle-même qui réchauffe, mais le spectacle de la Vérité. Les moines, ceux dont il était nécessaire de tempérer la froideur de leur austérité, exact contraire d'un plus attendu tempérer la chaleur de leurs embrasements - c'est dire qu'ils ne rigolaient pas, les frères - sont ici représentés par le mot "entrailles", lequel renvoie à une sorte d'intériorité consommatrice de piété, comme si, aussi bien que l'âme, le corps lui était voué, à cette sacro-sainte Vérité.

 

2.
"En ces temps où du Christ florissaient les semailles,
Plus d'un illustre moine, aujourd'hui peu cité,
Prenant pour atelier le champ des funérailles,
Glorifiait la Mort avec simplicité."

 

Comment, dans le second quatrain, sont présentés les moines des premiers temps du christianisme ?

 

Bien que "peu cités", et donc ignorés, les premiers moines sont appelés "illustres", puis dans un "atelier", en bons artisans de la foi, on suppose, surtout que cet atelier, c'est "le champ des funérailles" - autant dire qu'on plante des morts - et puis simples, simples, mais simples, ils "glorifiaient la Mort" comme tu achètes des pêches au marché, dis !

 

3.
"- Mon âme est un tombeau que, mauvais cénobite,
Depuis l'éternité je parcours et j'habite ;
Rien n'embellit les murs de ce cloître odieux."

 

En quoi est-elle étrange, la façon dont le narrateur se présente dans le premier tercet ?

 

Le narrateur se présente comme étant l'habitant de son âme, laquelle est "un tombeau" (dit-il). Donc, le narrateur habite le tombeau de lui-même. C'est un mort qui marche, qui se parcourt, se hante, et finit par ne plus se sentir, qui ne vit plus dans le temps des vivants, mais dans la durée, laquelle est bien ennuyeuse, j'imagine, cependant que le temps est bien court, c'est vous dire qu'il nous l'a mis profond dans l'os, Chronos.

 

4.
"Ô moine fainéant ! quand saurai-je donc faire
Du spectacle vivant de ma triste misère
Le travail de mes mains et l'amour de mes yeux ?"

 

Quelle est la question que se pose le narrateur ?

 

Après s'être traité lui-même de "moine fainéant", c'est-à-dire de tout seul qui n'en fiche pas une, le narrateur se demande comment faire de ce qu'il est - une "triste misère" - un "spectacle vivant", celui de sa propre vérité humaine, dont il serait l'acteur et le promoteur, au lieu d'en être le spectateur passif et dégoûté. On peut noter que ce dégoût est exprimé tout au long du sonnet par l'emploi de rimes peu agréables à l'oreille ("murailles", "entrailles", "semailles", "funérailles", "cénobite", "habite", "faire", "misère") et d'un lexique dépréciatif qui en devient quasi ironique, autodérisoire, plaisant presque (évidemment, le "cénobite", c'est-à-dire le moine des premiers temps, il sonne cocasse, le cénobite, façon crustacé bizarre) .

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 29 août 2013

 

 

 

 

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Published by PATRICE HOUZEAU - dans BAUDELAIRE
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