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15 mars 2014 6 15 /03 /mars /2014 01:09

L'INVENTION DE NOUS AUTRES
Notes sur "Effacement du peuplier", de René Char.

 

1.
Sont tout "dégarnis" les arbres... adieu, feuillées... c'est l'ouragan qu'a passé par là, avec son nom de pseudonyme de capitaine de bande dessinée.

 

2
Fichtre, pour l'endormir "la foudre aux yeux tendres", comme dit René Char, faut une drôle de perlimpinpin...

 

3.
Tant qu'à "trembler dans le grand vent", voilà qui peut se faire, mais faut être un arbre pour. Un "peuplier" en l'occurrence.

 

4.
Et bien sûr qu'on va le laisser le "grand vent s'unir à la terre" où tu la pousses, ta peupliétude. Qui on est nous pour l'empêcher ?

 

5.
A mon avis, si tu crois que tu "l'endors", la foudre et ses amènes mirettes, c'est que tu as les probabilités pour toi que tu vas y échapper.

 

6.
"la terre où je crois" qu'tu dis; c'est vrai qu't'as qu'à croire, que c'est ta pomme feuillue qui l'empêche, la foudre, de te cendrier illico crack.

 

7.
"Affile", "son souffle", et même a file vite, l'ouragan; t'as raison, "vigie".

 

8.
Tout "trouble" partout... y a plus rien qu'on voit... beurré "leurre"... le paysage a l'oeil cogné... il se creuse en tourmentes... déprime...

 

9.
Là-dedans, allez retrouver la source claire des choses... tout grouillis gribouillis, bouillu ventu foutu... l'ouragan casse les bois dont on fait les bibliothèques.

 

10.
"Une clé sera ma demeure"
(René Char)

 

11.
Peuplier, tu prophétises, tu te pressens "clé"... dedans même... hantée la demeure... syllabilisé, volatilisé, "effacé par la foudre de l'inspiration" qu'il écrit Paul Veyne...

 

12.
"Avoir une clé pour demeure", en voilà une belle expression pour dire qu'en fin de compte on se résume dans sa vérité. Qu'on est tout bref dans le vrai... tout ouvert, sa porte...

 

13.
"Feinte d'un feu que le coeur certifie"
(René Char)

 

14.
Après, il y a une de ces merveilles, un vers, du pur jus de classique, ce vers, avec de l'allitération dont on fait les serpents, les flammes, les plumes à Phénix - je cite : "Feinte d'un feu que le coeur certifie", qu'il écrit, Char.

 

15.
"Feinte d'un feu que le coeur certifie", je sais pas vous ce que vous en pensez, mais c'est du Racine, non, ce vers - ce qui tombe bien d'ailleurs, pour un arbre -, qu'on le croirait tombé de Phèdre, c't'autre foudroyée, et qui sent son alexandrin à plein foudre :
"Je suis feinte d'un feu que le coeur certifie"... Je vois ça beau, classiques Larousse, Hachette, Inspection Académique... "feinte", pour sûr que tu es fiction, t'es rien que feinte, comme nous, rien que légende, mais tout d'même t'es vraie, et "feu" de la passion, tiens... même que nos coeurs en ont besoin de cette légende, de c'te musique là, de ce ternaire, de ce tragique certifié foudre, que ça en devient l'invention de nous autres, ta poésie.

 

16.
"Et l'air qui la tint dans ses serres."
(René Char)

 

17.
"Et l'air"... quel aigle çui-là... fatum rapace... hibou destin... quel attrape-racine... quel farfouille-poitrine... qu'il vous enserre dans ses "serres"... façon blason, je vois ça aussi... un aigle là-haut qui tient une clé, oh ! elle échappe... c'te clé à demeure de vous.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 15 mars 2014.

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Published by PATRICE HOUZEAU - dans NOTES SUR RENE CHAR
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