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21 juin 2013 5 21 /06 /juin /2013 09:48

MILG MILG MALG RAG
Six contrevers et deux notes en lisant Poésies III, Federico Garcia Lorca traduit par Belamich, Darmangeat, Couffon, Sesé, Poésie/Gallimard n°30.

 

1.
"Tranquille dans mon souvenir, astre, cercle, but"
(Garcia Lorca, Petite fille noyée dans le puits)

 

Tranquille, vous aviez l'air si tranquille
Dans cette image, si tranquille, si déjà vous,
Mon dieu comme le temps défait les corps Le
Souvenir vous remet d'aplomb, vous refait la façade
Astre que l'on sait là, comme l'ombre d'une preuve
Cercle dans lequel vous tournez, sans
But de la rêverie auquel on revient toujours.

 

2.
"ni de la lune avec sa bouche de serpent"
(Garcia Lorca, Gacela de la mort obscure)

 

Ni les jeunes filles aux regards fixes
De la perspective aux têtes coupées ni
La chanson aux énigmes ni la
Lune qui saupoudre de neige votre tête
Avec moi ne passeront la ligne entre vif et mort
Sa tête à cheveux jaunes restera sans moi sa
Bouche sans moi - elle embrassera d'autres ombres -
De moi elle ne se souviendra pas le
Serpent déjà a avalé mon visage.

 

3.
"à lutter avec le monde aux vitesses aiguës"
(Garcia Lorca)

 

A lutter de vitesse
Lutter contre vents et marées
Avec le je ne veux pas que l'on dise du bien de moi
Le je ne veux pas que l'on m'invite je ne veux pas ce
Monde autour de moi qui fait comme si j'existais
Aux autres, je le laisse, mon autre, ce moi, là, aux
Vitesses, je laisse la multiplication des lames
Aiguës à égorger les énigmes.

 

4.
"on comprend la vérité des choses qui se trompent"
(Garcia Lorca, Ciel vif)

 

Je pense à ce visage que le temps peu à peu déforme, épaissit, épate, fait glisser lentement du croissant de lune songeuse au camembert dégoulinant. Bouchées, baisers, blablas, ainsi elles palpitent, les bouches.

 

5.
"son noyau central et une ronde perspective alentour."
(Garcia Lorca, L'image poétique chez Don Luis de Gongora)

 

L'oeuf. Et puis nos pommes, avec nos yeux au centre et tout ce que nous voyons dans la perspective qui tourne autour, tourne autour de nous, de plus en plus vite, de plus en plus vite, toupie, toupie, toupie, toupie puis chute.

 

6.
"Vois ces formes concrètes qui cherchent leur vide."
(Garcia Lorca, Nocturne en creux)

 

Vois ces théâtres s'entremêlent et se décomposent
Ces visages se déforment le masque les dévore ces
Formes s'amolissent s'abolissent si
Concrètes d'abord, si dramatiques, les si bien mises,
Qui jouent leur rôle
Cherchent leurs mots
Leur énigme toujours les rattrape, les engloutit, comme
Vide au coeur de l'être.

 

7.
"et le cerf peut rêver par les yeux d'un cheval"
(Garcia Lorca, Fable et ronde des trois amis)

 

Et je ne sais quelle campagne anglaise ou
Le domaine hanté la folie préceptrice le
Cerf d'une vieille chanson est-ce que tout cela
Peut se trouver dans ce que je dis
Rêver dans ce que je dis passer
Par le la, le si des syllabes passer
Les mesures franchir la borne des
Yeux et deviner la jeune fille
D'un bois lointain, qui à
Cheval passe en robe d'écorce.

 

8.
"Tris tras. Zig zag, rig rag, milg malg."
(Garcia Lorca, Le massacre des innocents)

 

Tris ça fait penser à triste pis
Tras à trac et donc tris tras à tric-trac tout à trac
Zig et zag qu'elle fait la coule-pluie zig tonnerre et
Zag l'éclair Zig et Puce Zag passe qui c'est Zag sais pas
Rig ça fait penser à ric hochet les gouttes pis
Rag à rac et donc rig rag à ric rac patatrac
Milg qu'il fait le piano milg milg
Malg quel drôle de ragtime qu'il joue là.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 21 juin 2013

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Published by PATRICE HOUZEAU - dans CONTREVERS
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