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MUSIQUE A IMAGES
Je crois que pour Rimbaud, fascination est le mot qui me colle… Je comprends pas les Illuminations, je suis pas assez malin pour, mais rien à faire, sa phrase, à l’Arthur, me plaît… prenez la première que déjà je vous en ai parlé du poème Enfance :
« Cette idole, yeux noirs et crin jaune, sans parents ni cour, plus noble que la fable, mexicaine et flamande ; son domaine, azur et verdure insolents, court sur des plages nommées, par des vagues sans vaisseaux, de noms férocement grecs, slaves, celtiques. »
Quoi qu’c’est, c’te phrase ?... Une étrangeté ! Une curiosité curieuse, que ça vous a des airs d’énigme pour fort en thème… genre Saint-John Perse qu’on comprend rien à moins d’être agrégé philologue… oui, mais moi là je m’en tamponne le coquillard avec une patte d’inspecteur d’académie de ce qu’il raconte… moi, je suis bêtement naïf… je m’épate aux impressions… l’idole (fille ? garçon ? divinité ? peinture ? portrait ?) qu’elle a la brune mirette et le poil blond, dit comme ça « yeux noirs et crin jaune », chevaline un peu donc, j’aime bien… sans généalogie, la môme miracle, - image mentale : un visage de fille -, « ni parents, ni cour »… sans train de noblesse… sans étiquette… et pourtant plus « noble que la fable »… allusion peut-être… et alors ?... l’allitération me suffit… p-l, b-l, l, b-l (« plus noble », « la fable ») et l’hybride aussi, « mexicaine et flamande » (d’où « yeux noirs » et « crin jaune »), sans généalogie mais une origine et une anacoluthe… la structure se rompt, le sujet est sans verbe… on est quasi dans le nominal… un point-virgule, substitution thématique… « l’idole » est domaniale… plein vent… court ses onze syllabes… ses sept aussi… « son domaine, azur et verdure insolents, / court sur des plages nommées, / par des vagues sans vaisseaux, / de noms férocement grecs, slaves, celtiques.» C’est-y pas musical ? C’est-y pas rythmique ? Et signifiant l’insolence du persistant… de ce qui roule depuis des lustres, qu’on s’en fout des épiphénomènes à voilures, les vagues bouclant les plages… horizons des ailleurs « grecs, slaves, celtiques »… moi, que voulez-vous, la littérature, c’est comme ça que je l’aime… élégante énigme… détachée du réel qu’est pas beau… pas non plus de la science-fiction, ni vraiment du surréalisme… c’est de l’idéale idole… de la musique à images… de la musical box qu’illumine, enlumine… du charme.
Patrice Houzeau
Hondeghem, le 12 juin 2011