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2 août 2013 5 02 /08 /août /2013 03:59

NOTES 1 A 10 SUR LES STATUES
Brefs en lisant Les Statues (Dessins de Ferry - Scénario de Pombal - Couleurs de Monic, Le Lombard, 1997)

 

1.
Théâtre de trognes. Il y a un public. C'est que la représentation est l'un des sujets de l'album Les Statues de Ferry et Pombal (Le Lombard, 1997). Je me souviens que lorsque j'étais étudiant, l'un de nos bons maîtres insistait pour que, dans nos pensums, l'on remplaçât "sujet" par "problématique". C'est peut-être plus rigoureux, mais c'est moins joli. Et puis on finirait par ne plus comprendre la fameuse réplique de Rivarol (dit-on) au roi Louis XVI dans ce dialogue refait par mes soins et d'après ce que j'ai vu dans un film dont le titre m'échappe :
- "Monsieur, on me dit que vous avez beaucoup d'esprit. Faites-moi donc un trait, un mot, là, au débotté.
- Mais sur quoi, Sire ?
- Eh bien, mais sur moi, sur ma personne !
- Sire, le Roi n'est pas un sujet !".

 

2.
Les deux costauds de la course portent des métaphores. Des métaphores bien lourdes, bien pesantes. C'est à qui la portera la mieux, sa métaphore. Je me demande si c'est pas elle, la sauterelle significatrice, qui nous dévore en fin de compte.

 

3.
Un personnage légendaire est un personnage qui ne fait plus qu'un avec sa métaphore.

 

4.
Les tragiques prennent la fatalité pour une malédiction. Ils se dressent donc contre des dieux invisibles, contre les puissances de l'autre. Les tragiques deviennent alors ou héroïques, ou fous. Il n'y a pas de malédiction, il n'y a que de la malencontre.

 

5.
Sur la planche 4 et les planches de la voguette, la fille, guillerette, se moque. C'est moqueur, les filles ; remarquez, les garçons aussi. Pis des fois, ça se blesse. C'est dans une chanson de Nino Ferrer, ça : "Mais ce que je ne veux pas, c'est que l'on se moque de moi." Moi, hélas, j'ai l'esprit moqueur. Je le regrette. J'aurais tant aimé être charmant. J'ai dû être crapaud pis embrassé par la fée de la désinvolture.

 

6.
Les moqueurs aiguisent souvent eux-mêmes les poignards avec lesquels ils vont se faire planter. Je connais des gens qui, pour un trait, une saillie, une poignée de bêtes syllabes, en veulent leur vie durant à quelqu'un. Le moqueur est donc souvent inconscient ; mais s'il écoute l'ange de sa lucidité, il finit par se méfier, et ne se moque plus que dans le secret de son cabinet. Il évite donc de trop fréquenter les autres, lesquels d'ailleurs se fichent bien de lui, sauf s'ils sont amoureux, mais être amoureux d'un esprit moqueur, autant aimer un scorpion, ou un coeur en hiver (très joli film).

 

7.
Il vaut mieux vivre avec quelqu'un qui a l'esprit de sérieux. Certes, l'esprit de sérieux trahit souvent une imbécillité générale, mais cette stupidité souvent s'arrête cependant à la compétence professionnelle, laquelle est pétrie d'esprit de sérieux, de bonne volonté, d'adaptabilité aux contraintes qui garantissent la bonne menée d'une carrière. Un esprit moqueur est une bénédiction littéraire, et un handicap social.

 

8.
Il y a une citation de Milton : "The Mind is its own place, and in in itself can make a Heav'en of Hell, a Hell of Heav'n." Comme quoi, la bande dessinée a aussi ses humanités.
La phrase signifie que nous décidons de la nature du réel. Non pas du réel lui-même - le réel en-soi - mais du réel dont nous faisons l'expérience - le pour-soi. Ainsi, nous pouvons faire du réel une expérience divine, transcendée, sublimée, de même que nous pouvons diaboliser le réel, le rendre infernal. Le plus grand mal qu'un vivant puisse faire à un autre vivant, c'est de le couper de toute transcendance, de lui rendre à ce point l'existence insupportable que, non seulement il finira par renoncer à vivre, mais aussi qu'il ne fera plus qu'un avec une conscience diabolique du monde. Je suis assez porté à croire que Stefan Zweig s'est suicidé en 1942 parce qu'il s'était persuadé que le réel était de nature diabolique, que le nazisme était une composante du réel qui finirait par l'emporter sur toutes les autres, et même qui, d'une certaine manière, avait déjà alors remporté la partie.

 

9.
J'aime beaucoup "The mind is its own place" miltonien. L'esprit est sa propre place, son lieu d'être, son devenir. L'esprit est l'attribut de lui-même. Comme Dieu. Avec les pouvoirs limités d'un dieu.

 

10.
C'est bien beau d'affirmer la probable pluralité des mondes, encore faut-il se mettre d'accord sur l'unicité ou la multiplicité du ou des Créateurs. Et si Dieu était équivoque ?

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 31 juillet 2013

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Published by PATRICE HOUZEAU - dans NOTES SUR LA BANDE DESSINEE
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