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2 août 2013 5 02 /08 /août /2013 03:25

NOTES 11 A 20 SUR LES STATUES
Brefs en lisant Les Statues (Dessins de Ferry - Scénario de Pombal - Couleurs de Monic, Le Lombard, 1997)

 

11.
Planche 6, il est tout découvrant, l'homme au kilt qui crie "Terre ! Terre ! Terre !". Le kilt, ça me rappelle ce que j'ai entendu dans un documentaire sur la Première Guerre Mondiale, que les soldats écossais étaient surnommés "Les Filles de l'Enfer" par les Allemands, et aussi cette réponse faite par un vieil Ecossais à la question muette d'une classe de petits Français : "Vous vous demandez ce que j'ai sous mon kilt, je vais vous le dire : un spitfire et deux bombardiers."

 

12.
Ils commencent par découvrir une statue. C'est-à-dire une représentation. Un masque qui est en lui-même une révélation: le réel est une diachronie que l'humain ne cesse de travailler, de faire, défaire, refaire. Dans quel but ? Empêcher le Chaos de se faire jour, empêcher les ténèbres de fissurer nos masques et de jaillir soudain, couteau de néant qui égorge aussi bien que couteau de boucher.

 

13.
La composition des planches 8 et 9 est remarquable en ce qu'elle confronte un même couple tantôt affirmant publiquement son amour (cf planche 8 : "Je ne peux pas vivre sans elle" / "Je ne peux pas vivre sans lui") et tantôt se disputant en privé (cf planche 9 : "Tu n'es même pas capable d'entretenir ta fille !" / "Quant à la fille, je doute que je sois son père"). Les deux pages se répondent case à case, constituant ainsi la séquence en séries d'échos aux sujets divers (les statues, la fille, la nature du lien qui les unit...). Cela fait structure en miroir, chiasme : le roux faisant l'éloge de la brune puis la brune querellant le roux. Et puis cercle aussi : au centre des deux pages, un autre couple, plus jeune, en contrepoint. Allez-y voir, remarquable, je vous dis.

 

14.
Le réel tente de tromper le temps en s'épatant de tout un tas de trucs plus ou moins étonnants. En cela, l'humain est son propre trompe-l'oeil, permanent, sophistiqué, médusant.

 

15.
Planche 11, la brune fait parler le buste, le buste à tête de tête coupée - bouche ouverte, yeux ouverts - le buste qu'on devine tarabustant, médusant.

 

16.
Que signifie "être plus âgé que le temps" ? Dépasser la mesure admise du temps ? Tendre à la durée ? C'est la légende qui tend à être plus âgée que le temps, à se confondre avec sa durée. Ainsi, la légende se présente souvent comme se perdant dans "la nuit des temps", ses origines en sont incertaines, discutées, jusqu'à l'immortalité vampirique.

 

17.
Aller chatouiller l'érinye. Se chatouiller l'érinye. Est-ce jouer avec son destin ? Est-ce une tentative de désamorçage des fatalités ? de désacralisation ? Une manière de dire : "Oui, face de sphinx, tu n'es qu'humanité." Le mystère est une posture. Ou un péril. Une représentation. Ou un enjeu.

 

18.
Le noeud des désirs dans bon nombre de têtes : de quoi sans doute nourrir quelques générations de serpents. En chacun un dragon et soi-même comme Saint-Georges.

 

19.
Orphée laisse tomber Eurydice aux Enfers. Et depuis on ne cesse de se lamenter l'Eurydice et de se chatouiller l'érynie. Plainte et dérision de la plainte. Voilà tout l'art.

 

20.
L'industrialisation de la fiction n'a pas tué les êtres légendaires. Elle les a multipliés. Têtes repoussant et se multipliant. La fiction est le sol où la fascination nourrit sa villa des mystères. Tant de divinités, d'avatars, de monstres et d'énigmes pour nous rappeler au réel, à la fascination morbide du réel.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 1er août 2013

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Published by PATRICE HOUZEAU - dans NOTES SUR LA BANDE DESSINEE
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