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1 août 2013 4 01 /08 /août /2013 21:21

NOTES 42 A 50 SUR LES STATUES
Brefs en lisant Les Statues (Dessins de Ferry - Scénario de Pombal - Couleurs de Monic, Le Lombard, 1997)

 

42.
Sam et Eline ne savent jamais à l'avance où leurs étranges hôtes vont les mener. Ils ne dominent absolument pas la diachronie où le récit les plonge, d'autant que cette diachronie a tous les airs d'une synchronie, d'une boucle spatio-temporelle.

 

43.
Tout récit tend à devenir circulaire. Une succession de pages que l'on tourne, pour en arriver à l'inéluctable fin. Il y a dans toute fiction quelque chose de puéril, une mômerie, une singerie du réel. Aussi, cette inéluctabilité, cette malédiction téléologique, est-elle heureusement contrebalancée, voire contrariée, par les détails de la narration, par l'étrangeté des péripéties. Ce qui fait l'intérêt de certains mythes grecs, c'est que chaque péripétie porte un masque intéressant en soi. Tout semble mener à une fin ; tout semble déjà joué. Et pourtant, le Sphinx toujours réapparaît ; et pourtant, Iphigénie est sacrifiée ; et pourtant, Iphigénie n'est pas sacrifiée.

 

44.
Il y a des enfants aussi, "des concurrents venus des îles voisines" (planche 30). Est-ce donc que "leur concours étrange" serait un jeu d'enfant ? Est-ce donc que les îles voisines seraient, elles aussi, hantées par le théâtre ?

 

45.
Le réel est plein de discours incompréhensibles. Certains le sont par leur langue ou par leur jargon. Tous le sont par leur visée réelle. Ce n'est pas le Sphinx qui pose l'énigme, c'est l'énigme qui induit le Sphinx.

 

46.
Le mot "énigme" - il est fin comme une aiguille, le mot "énigme" - quand je le prononce, quand je l'écris, il m'évoque la finesse d'une élégance singulière, les personnages des romans où tout se passe dans une sorte d'aristocratie de l'esprit, sinon de l'argent. Cependant, l'énigme ne peut se passer de la brute. Pas de légende sans dragon puant, sans monstre hideux, sans force brutale d'un homme féroce, sans charrette honteuse. De même, le débat des idées, sous une apparente courtoisie, masque souvent des brutalités, des enjeux de carrière, des jalousies de chien, des mépris souverains. Et je ne parle pas du sourire du loup qui caractérise le politique.

 

47.
La brutalité, c'est le muscle utile. Elle s'achète. Elle s'organise en force armée. Mais elle n'est que cela. Aussi faut-il la surveiller de près, sinon elle est toute prête à l'initiative stupide et brutale, à la "charge héroïque de la brigade légère", à la mission impossible, à la "Je vais vous le faire parler, moi, mon Général". C'est ainsi que, généralement, elle fait trébucher le politique. C'est ainsi que m'apparaît la Première Guerre Mondiale, une confrontation de cerveaux - ceux des généraux à pedigree - d'une égale lourdeur, des ivrognes imbibés disputant une partie d'échecs, une opération à coeur ouvert confiée à un chirurgien atteint de dégénérescence cérébrale. Ou alors, ils l'ont fait exprès.

 

48.
Ce dont la brute ne peut douter, c'est qu'elle doit agir en brute.

 

49.
Je suppose que pour certaines brutes, il n'est de paradis qu'en enfer.

 

50.
Mourir, c'est devenir un élément du décor, une croix dans le paysage.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 1er août 2013

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Published by PATRICE HOUZEAU - dans NOTES SUR LA BANDE DESSINEE
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