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25 octobre 2013 5 25 /10 /octobre /2013 17:27

NOTES SUR L'INSOMNIE A CORBIERE
En lisant le poème Insomnie, de Tristan Corbière.

 

1.
"Insomnie", ainsi nomme-t-il son souci.
"Impalpable Bête !" qu'il définit et s'exclame - c'est vrai qu'ça s'touche pas, l'Insomnie; qu'on en sait pas la couleur du poil, ou d'la plume; qu'c'est-y zoziau ou lézard c'te bête-là, l'insomnie ?

 

2.
Comme on n'en sait pas la couleur, alors on dit que l'on a passé une nuit blanche.

 

3.
"Sous ton oeil de diamant noir" (v.6) : il lui envisage de la précieuse pierre dans les mirettes, mais noire alors, comme le noir soleil de la mélancolie nervalienne. Je me demande si on peut y voir quekchose avec un oeil de diamant noir, genre oeil de pierre pour borgne sphinx de luxe.

 

4.
"Dis : pourquoi, durant la nuit blanche,
Pluvieuse comme un dimanche,
Venir nous lécher comme un chien"
(v.7-9)

 

Il l'imagine bien en chien, l'insomnie, en chien lécheur, qui vous quitte plus, qui vous taraude de son museau inquisiteur, solliciteur, chiant, le chien. Et puis, le dimanche, drachant, le dimanche qu'on peut pas sortir, qu'on peut pas dormir. Le réel est contrariant.

 

5.
"Tantales, soiffeurs de chimère :
- Philtres amoureux ou lie amère,
Fraîche rosée ou plomb fondu ! -"
(v.16-18)

 

C'est torturés qu'il les énumère, les insomniaques, les la lune dans l'oeil, qu'ils en sont comme le Tantale, qui, assoiffé voudrait bien se rincer le gosier, mais voilà que l'eau s'enfuit, que le niveau baisse, que ses lèvres restent sèches, et puis qu'ils rêvent en vain, les ennuyés, qu'ils soiffent la chimère, qu'ils cinoquent du cinoche, qu'ils s'illusionnent, pis se fascinent pour des belles pas pour eux, qu'ils regrettent le vin bu, le temps perdu, qu'ils aspirent à la "fraîche rosée", qu'ils se donnent l'image d'en manger du "plomb fondu", se damnent, se tannent.

 

6.
"Insomnie, es-tu donc pas belle ?...
Eh pourquoi, lubrique pucelle,
Nous étreindre entre tes genoux ?"
(v.19-21)

 

V'là qu'il vaticine, qu'il élucubrationne, qu'il la voit garce, l'Insomnie, allumeuse, "Belle-de-nuit" qu'il dit aussi au vers 25.

 

7.
"Pourquoi, Belle-de-nuit impure,
Ce masque noir sur ta figure ?..."
(v.25-26)

 

Si je pige, il imagine, le narratif, que la nuit lui masque l'Insomnie, qu'il peut point réellement se la figurer, avec "ce masque noir", tant elle est enclose, la Belle-de-Nuit, que la Nuit l'a mangée, la garde pour elle, que la Nuit, c'est rien qu'une gouine.

 

8.
"N'es-tu pas l'amour dans l'espace"
(v.28)

 

Moi, y a rien à faire, dès qu'il y a le mot "espace" quelque part, je pense aux gorets volants, aux Muppets, à Pink Floyd, aux répétitifs synthés des teutons du krautrock, aux frères Bogdanoff (-gdanoff, -gdanoff, -gdanoff) (1), alors si on y met de l'amour là-dedans là-haut, ça en devient cerronesque, interstellaire disco, glamour UFO, et l'allitération "s" dans les vers suivants :

 

"Souffle de Messaline, lasse,
Mais pas rassasiée encor !"

 

(1) : Pour faire spatial, faut d'l'écho, d'l'écho des sidérales savanes, où des zèbres courent, et des lions ronflent, dans un silence sans choucroute.

 

9.
"Es-tu l'orgue de Barbarie
Qui moud l'Hosannah des Elus ?..."
(v.32-33)

 

J'aime bien comme ça module, c'te formule, "l'Hosannah des Elus" ; c'est dû qu'ça zède, et file, en notes rapides, en brèves redoublées ("anna", "des" / "é"). Et c'est marrant aussi qu'ça soit un orgue des rues qui le joue, c' t'Hosannah-là.

 

10.
"- Ou n'es-tu pas l'éternel plectre,
Sur les nerfs des damnés de lettre,
Raclant leurs vers - qu'eux seuls ont lus ?"
(v.34-36)

 

De même, j'aime bien comme ça tombe, ce mot "plectre" à la rime, que ça frappe, que ça racle même l'instrument du vers rugueux, âcre, et qui sonne faux, qu'il en allitère en "er" ("éternel plectre", "nerfs", "lettre", "vers" ), en cogne en [k] ("plectre", "raclant", "qu'eux"), en tape en dentales.

 

Note : Un plectre, c'est avec quoi baguette qu'on racle antique les cordes d'sa lyre.

 

11.
"Insomnie, es-tu l'âne en peine
De Buridan - ou le phalène
De l'enfer ?"
(v.37-39)

 

D'après ce qu'il songe, l'insonmie ne saurait pas ce qu'elle veut, qu'elle en serait comme cet âne du XIVème siècle qui, selon Buridan, ne parvenant pas à se décider entre le seau d'eau et la botte de foin, finit par mourir de faim ; elle serait aussi comme l'insecte qui se fascine pour la flamme, et s'y brûle, dégringole.

 

12.
"- Ton baiser de feu
Laisse un goût froidi de fer rouge..."
(v.39-40)

 

Gothique. Rimbaldien aussi, époque industrielle, forge et peuple.

 

13.
"Oh ! viens te poser dans mon bouge !...
Nous dormirons ensemble un peu."
(v.41-42)

 

Onirique. Il prend l'Insomnie pour Morphée. Rimbaldien aussi, période Rêvé pour l'hiver.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 25 octobre 2013

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Published by PATRICE HOUZEAU - dans TRISTAN CORBIERE EN POETE PUNK
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