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8 novembre 2013 5 08 /11 /novembre /2013 13:40

NULLA ARS IN SE VERSATUR

 

1.
"au-dessus de tout plane la patriarcale sollicitude"
(Hegel traduit par Gibelin, Leçons sur la philosophie de l'Histoire, Librairie philosophique Vrin, 1963, p.127)

 

- Où ai-je mis mon arc ?

 

2.
"La nature est extérieure à elle-même"
(Hegel traduit par Gibelin, Leçons sur la philosophie de l'Histoire, Librairie philosophique Vrin, 1963, p.151)

 

C'est qu'en soi, rien n'est en soi. C'est ainsi que nous distinguons le rien du néant. Et que, de ce rien, nous arrivons à faire une tension vers l'infini du tout.

 

3.
Il est heureux que nous ne soyons ni télépathes, ni télékinésistes, sinon quelle bataille infinie des cerveaux et des yeux ! Heureusement, nous devons forger nos épées. Remarquez que les drones, c'est déjà de l'oeil qui tue, du lointain assassin, de l'ailleurs foudroyant.

 

4.
Cicéron cité par Montaigne au chapitre 6 du Livre III des Essais: "Nulla ars in se versatur" (aucun art ne s'enferme en soi-même)

 

C'est bien pour ça que je vais vous pêcher, ô phrases, dans ces boîtes qu'on appelle des livres.

 

5.
"Nulla ars in se versatur" [Cicéron] : aucun art ne s'enferme en soi-même, sous peine d'être pareil au chat dans la boîte opaque, à la fois mort et vivant.

 

6.
"J'aime à contester et à discourir, mais c'est avec peu d'hommes et pour moi, car de servir de spectacle aux grands et faire à l'envi parade de son esprit et de son caquet, je trouve que c'est un métier très messéant à un homme d'honneur."
(Montaigne, Essais, Livre III, chapitre 8)

 

A voir l'agitation continuelle des médias, et l'incessante polémique à propos de telle ou telle petite phrase, on s'aperçoit que bon nombre de nos politiques et de nos chroniqueurs manquent, en effet, de cet honneur qui consiste à discuter d'abord avec soi de ce qu'il convient de dire ou de taire.

 

7.
Peu à peu, nous en arrivons aux temps où la moindre petite phrase, le moindre mot déplacé sera considéré comme un casus belli. A force de progrès, nous retournons aux temps barbares où l'on s'étripait pour une parole, un regard ou l'ombre d'un doute.

 

8.
"Nous n'allons point, nous rôdons plutôt, et tournoyons çà et là."
(Montaigne, Essais, Livre III, chapitre 6)

 

C'est que nous progressons de façon excentrique, en élargissant toujours plus le cercle de nos intérêts, de telle sorte que nous nous éloignons souvent du coeur de nos préoccupations pour avoir l'air de nous disperser, de nous dissiper, de chuter comme feuilles en automne.

 

9.
Ce ne sont pas les idées qui font évoluer les sociétés, c'est le style.

 

10.
Les étrangers sont aussi différents de nous que nous le sommes de nous-mêmes. En cela, ils nous ressemblent comme des frères.

 

11.
Qui prétend éradiquer le barbare en lui-même se trompe. La civilisation n'est pas l'extinction de la barbarie, mais sa sublimation, sa stylisation, et probablement la manière la plus raffinée qui soit de la pérenniser.

 

12.
"Nulles propositions m'étonnent, nulle créance me blesse, quelque contrariété qu'elle ait à la mienne."
(Montaigne, Essais, Livre III, chapitre 8)

 

Ne voir dans les idées que des performances linguistiques. Après tout, bien des choses justes sont si mal exprimées qu'elles ont l'air d'être fausses, et bien des sottises, dites avec style - ou exprimées dans le jargon adéquat - paraissent si vraies qu'elles emportent l'adhésion d'esprits pourtant vifs.

 

13.
L'humain file sa phrase comme l'araignée sa toile. Le but est d'ailleurs le même : piéger l'autre pour s'en nourrir.

 

14.
"Je ne trouve pas bon d'enfermer ainsi la puissance divine sous les lois de notre parole."
(Montaigne, Essais, Livre II, chapitre 19)

 

Dieu échappe au filet des syllabes. Et c'est cet indéfinissable qui conditionne toute définition.

 

15.
C'est l'inaccessible qui nous fascine. Si nous nous connaissions réellement, nous ne serions pas si fascinés par l'autre, et nous n'aurions pas créé un Dieu tout exprès pour justifier son étrange présence.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 8 novembre 2013

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Published by PATRICE HOUZEAU - dans FANTAISIES SPECULATIVES
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