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22 septembre 2013 7 22 /09 /septembre /2013 18:12

PLEIN DE NULLES PARTS

 

1.
"Mais ?... Il y a quelqu'un dans ce sac !"
(in Pétillon, La Dent creuse)

 

C'est comme ça, les sacs, des fois, on croit qu'il n'y a personne dedans, et puis il y a quelqu'un. Et des fois, ce quelqu'un s'appelle Tour - ce qui, j'en conviens, n'est pas courant comme nom - et même qu'il est plusieurs. De là l'expression : avoir plus d'un Tour dans son sac.

 

2.
En écrivant mes drolatismes, j'écoute un album du vieux Gentle Giant, un morceau bien bizarre qui s'appelle Alucard. A un moment, ils ont ralenti la bande on dirait ça fait comme de ces voix qui s'étirent dans les films fantastiques. J'aime bien aussi le morceau suivant (Isn't it quiet and cold ?), avec son violon qu'on dirait qu'il ironise, et puis les pizzicati qui accompagnent le texte. C'est bien, Gentle Giant. On en parle jamais, de Gentle Giant, même pas sur France Musique, tandis qu'on nous saoule avec des stupidités sonores (rap, slam, chanson française pour militant socialiste et/ou professeur de français ignorant, world music, pipeau jazz) et du blabla et du blabla et du blabla que des fois je me dis les gens ça doit être ça des tubes digestifs qui blablatent, blablatent, blablatent, et se reproduisent, ah les gouffres.

 

3.
Les gens, c'est pas compliqué, ils blablatent tant et plus que quand ils en ont marre de blablater, ils se mettent sur la gueule, et ils appellent cela l'Histoire.

 

4.
Quelqu'un m'a dit récemment (je cite de mémoire) : "Tu écris en partant des mots des autres comme si tu avais peur de partir de tes propres mots, de puiser dans tes racines." Racines ? Quelles racines ? Je n'ai pas d'autre racines que celles de la langue que j'emploie pour rêver. Mes racines, elles sont dans la bouche de l'autre.

 

5.
"et écoutant avec anxiété les moindres bruits de la nuit"
(Gaston Leroux, Le Parfum de la Dame en noir)

 

Et sous les ombres et leurs stellaires complices
Ecoutant remuer, glisser, bruisser les feuilles
Avec les herbes qui se froissent cette
Anxiété qu'on a quand on ne sait pas
Les traits que va prendre l'inconnu les
Moindres sons qu'on perçoit les
Bruits dans les loges
De la nuit on les guette les épie car c'est de
La chose pleine de choses la
Nuit qui passe lent manteau le long des murs.

 

6.
"Rouletabille raisonne plus qu'il ne regarde."
(Gaston Leroux, Le Parfum de la Dame en noir)

 

Dans une chambre noire qu'il réfléchit, Rouletabille. Une chambre noire où il scrute les images qu'il a engrangées, ce qui, par exemple lui permet de dire : "il y a quelque chose qui me manque dans la marche de Darzac, pour que je reconnaisse la marche de Larsan; mais quoi ?..." (Le Parfum de la Dame en noir, Le Livre de Poche policier n°587, p.332).

 

7.
"Il rêve qu'il est couché sur un nid de reptiles"
(Continuations de Perceval, traduit par Foucher et Ortais)

 

Il dort et puisqu'il dort il
Rêve il a l'esprit dans l'ailleurs de sa tête rêve
Qu'il est au pied d'une forteresse haute et sombre
Couché qu'il est sur les branches tranchées
Sur les branches qui tenaient des épées
Les branches tranchées par les chevaliers
Un nid de branches sans oiseaux un
Nid de branches qui remuent
De branches qui s'agitent et glissent
Reptiles dans le noeud d'une foudre.

 

8.
"Le long de la vigne, m'étant appuyé du pied à une gargouille"
(Rimbaud, Nocturne vulgaire)

 

Le temps a la main qui se dérobe
Long menteur charlatan aux enluminures mortes
De vos paroles il fait moulin et agite
La soif dans vos veines la faim dans vos salives la
Vigne on y chasse les serpents
M'étant trompé d'horloge je restai
Appuyé avec mon sac grouillant
Du regard je suivai l'étrangère son
Pied flottait son cou l'emportait
A la cime des arbres
Une foudre stoppée éclairait la
Gargouille qui me rappela le nom des saints.

 

9.
"- Euh... C'est que vous avez l'air de sortir de nulle part...
- Le monde n'est-il pas plein de nulles parts ?" répondit la jeune femme apparue, mytérieusement style, dans la brume et les ruines du château.

 

Faire suivre un adverbe du mot "genre" ou "style" est un tic provisoire du langage actuel. Les jeunes gens n'ayant rien d'autre à dire que ce que les médias leur font dire, la moindre trouvaille linguistique prononcée par une pin-up de la téléréalité est pour eux pain bénit. Remarquez qu'il en a toujours été ainsi : on apprend en imitant. 

 

10.
"Mais heureusement, j'en ai toujours sur moi."
(Pétillon, La Dent creuse)

 

Qu'est-ce donc que Jack Palmer a "heureusement toujours sur lui" ? Des idées sans doute, peut-être aussi des masques pour se masquer (ça peut être utile dans ses aventures). A-t-il dans ses vastes poches des univers dépliables où promener son imperméable d'enquêteur ?  Vous avez remarqué que les enquêteurs des fictions policières sont souvent porteurs d'un imperméable, comme si la pluie, pour effacer quelque indice peut-être, tombait à chaque fois qu'ils sortaient. De ce fait, il en a toujours sur lui, des indices. C'est en tout cas ce qu'il affirme dans l'épisode de ses aventures intitulé "La Dent creuse".

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 22 septembre 2013

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Published by PATRICE HOUZEAU - dans FANTAISIES
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