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19 avril 2013 5 19 /04 /avril /2013 15:49

QUOI QU'ON FASSE FATALITAS
Notes sur quelques vers extraits des chansons de Claude Nougaro et sur deux fragments de Cioran tirés du recueil "De l'inconvénient d'être né", édition de poche, folio essais n°80.

 

1.
Militaire, on apprend à ne pas aller trop vite, à économiser des forces qui se révéleront indispensables le moment venu. Il en est de même pour l'écriture. Il faut apprendre à se hâter lentement, à prendre le temps de retourner sa langue, à la saisir des deux côtés.

 

2.
Les "clartés fabuleuses" (où ai-je lu cette expression ?) justifient leur lointain par les fables dont nous les affublons.

 

3.
Dans "De l'inconvénient d'être né", p.9, "Il existe une connaissance...", Cioran évoque un type de connaissance qui réunissant dans le même oeil passé, présent, et incertitude, fait du "connaissant" un "vivant et un non vivant". Ainsi la boîte au chat zombie est-elle faite du matériau même de la conscience. C'est que seul le vivant peut affirmer que sa vie n'est pas une vie.

 

4.
"C'est ainsi que parlait sans un mot" (Claude Nougaro, Paris Mai) : Parfois de lèvres closes les paroles.

 

5.
"Ah tu verras tu verras" (Claude Nougaro, Tu verras) : La toile du monde, tissée de regards croisés.

 

6.
Le bref précédent m'évoque un dessin en noir et blanc vu autrefois. Un personnage tout en noir, façon Fantômas - je me demande toujours s'il y a un accent circonflexe sur Fantômas; c'est sans doute là le premier de ses mystères - à gauche, un coin de maison ; à droite un autre coin. Le personnage semble vouloir se glisser dans une rue tendue de fils. Au milieu de la rue, une jeune fille, souriante, avec un fichu, des boucles brunes, un bouquet dans les bras, à moins que ce ne fût un petit chat avec une tête de qu'est-ce que je fais là. Plus je me remémore ce dessin, plus il me semble qu'il est, en partie tout au moins, le fruit de mon imagination. Pourtant, j'en reconnais le style, c'est la merveilleuse ligne claire de Jean Ache.

 

7.
"Dont les Dieux méditèrent" (Claude Nougaro, Mater) : A dieu songeur, humain sceptique. Je ne sais pas trop ce que je dis là mais je pressens qu'il y a là quelque chose, forcément quelque chose, et s'il n'y a rien, eh bien, tant pis.

 

8.
Claude Nougaro est un des seuls chanteurs dont les textes peuvent se lire comme on lit des poèmes. De la chanson Sa Majesté le Jazz, ce vers :
"La trompette de Miles, épine de la lune"
Doré du cuivre et doré d'la lune. J'y crois voir, c'est-à-dire que je me figure dans ma tête que la mélodie quitte nonchalamment la trompette pour monter en ondulant vers la lune que son solo enveloppe d'un charme magique.

 

9.
Citer un poète, c'est tirer des vers du nez d'un masque invisible.

 

10.
"Il y a des sirènes" (Claude Nougaro, Splaouch !) : J'aime bien ce "il y a" qui déjà délie la sirène. C'est là la grande force poétique des humains qu'ils arrivent à faire d'un être aussi visqueux, gluant et et glauque à dents, le symbole d'une beauté certes féroce, certes fatale, mais si déliée, dit-on.

 

11.
"au temps lui-même..." (Cioran, "De l'inconvénient d'être né", p.89, Quiconque se voue à une oeuvre...) : Le songe humain, survivre au temps qui lui est imparti, au quoi qu'on fasse, fatalitas, passer sa propre promesse.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 19 avril 2013

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