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16 novembre 2013 6 16 /11 /novembre /2013 15:45

RESTE LE CHEMIN

 

1.
Pour les êtres quantiques, le néant est un couteau dont le manche a été muni d'une lame.

 

2.
Les corps sont pleins de dégoûts couverts par une élégance de masque.

 

3.
Pour le tyran, un pays, c'est d'abord une carte sur laquelle il étend sa main.

 

4.
L'informatique prouve qu'entre le 0 et le 1 se niche l'infini.

 

5.
Leur sexualité est anthropo-oculaire. C'est par notre oeil que les quantiques croissent et se multiplient.

 

6.
Les chansons peuplent nos solitudes de paroles idiotes, de serments, de promesses, de poudre à sottise, de bouches sans visage.

 

7.
C'est étonnant ce qu'une poignée de notes et quelques figures rythmiques peuvent faire : j'aime les chansons pour les micro-mondes qu'elles suggèrent.

 

8.
Le sujet se construit par des intensités que la langue a pour but de mettre à distance.

 

9.
A la radio parfois, ils en invitent un qui vient faire son solo de sartre.

 

10.
"le besoin de l'Autre, l'introuvable Autre" : cette formule de Michaux rappelle que, comme les chevaliers de la Table Ronde étaient voués au Graal, nous sommes voués à l'introuvable.

 

11.
Et dire que j'aurais mis cinquante ans à comprendre les vertus du silence.

 

12.
Et "si l'assassin était parmi les invités" est une question que, à chaque fois que je suis convié à l'un de ces dîners que prétendent nous imposer les conventions sociales, je ne peux m'empêcher de penser.

 

13.
Quand je me sens seul, j'écris. C'est ainsi que j'apprivoise l'absence.

 

14.
L'absence est une fidélité.

 

15.
J'écris parfois à en avoir mal au bras, - le gauche, celui du coeur.

 

16.
Entendu sur France Culture, Alain Badiou au détour d'une phrase: "...le nombre est une affaire incertaine." Il a certainement raison.

 

17.
Entendu dans une fiction radiophonique, cette phrase :"Ich vergehe. Ich bin die Zeit." (Je passe. Je suis le temps). Comme en allemand, cela sonne tout de suite plus profond, plus philosophique ! Et puis, bien sûr, de mauvaise foi, je note que le pronom identitaire "ich" s'incarne aisément dans la figure du temps, tandis que le "je" français ne fait que suivre.

 

18.
Le politique s'entoure parfois de gens aussi fidèles que l'ombre de leur chien.

 

19.
"frapper l'ours, toucher le rhinocéros" (Michaux, "Nous autres") : Euh... vaut mieux pas.

 

20.
"Plus de chemin ne trouve que le chemin de l'éternel regret" (Michaux, "Vers la sérénité") : La beauté de cette phrase tient à l'absence. Elle en relève presque. Le pronom disparu, reste le chemin.

 

Patrice Houzeau
Hondeghem, le 16 novembre 2013

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